Colloque de la FNAME   Lyon 2004

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« La conceptualisation se fait par domaines ; Comment la favoriser ? »
 
Rémi BRISSIAUD

I Généralités.

  1 Catégorisation et conceptualisation.

  2 La conceptualisation comme résultat d’un processus d’abstraction / particularisation.

  3  Conceptualisation et élaboration de relations causales.

  4  Conceptualisation de BRUNER  56 - 95

  5 La conceptualisation se fait par domaines.

II La conceptualisation dans le domaine de l’esprit.

III  La conceptualisation dans le domaine du vivant.

IV La conceptualisation dans le domaine de la numération décimale.

V La conceptualisation dans le domaine de l’écrit ( Cf OUZOULIAS dans les actes du colloque FNAME d’Antony en 2003.

VI Conclusion.

I Généralités.

I-1    La catégorie est un ensemble de choses ou de créatures ou d’événements ou d’actions ou de quoi que ce soit, traités pour le projet du moment comme similaires, équivalents ou substituables l’un à l’autre. ( BRUNER « Minding the law )

Exemple : script de la 1ère visite chez le médecin : l’enfant voit qu’il faut chuchoter, que les gens entrent mais ne ressortent jamais ...

        Un concept est une catégorie lexicalisée.

I-2   La conceptualisation est le résultat d’une abstraction.

Abstraire c’est abandonner des propriétés pour garder l’essentiel et ce qui est commun.

Exemple : le siège : on abandonne la propriété d’avoir un dossier, des accoudoirs ...

A l’inverse, particulariser, c’est redonner des propriétés.

Au début, la catégorisation est libre, on donne à l’enfant un matériel, on lui demande de mettre ensemble ce qui va ensemble.

L’intérêt principal est de reconnaître la représentation initiale de l’enfant.

L’abstraction : le pédagogue pense à une catégorie, on sort un exemplaire, on dit s’il appartient ou non à cette catégorie. L’enfant doit trouver la règle de catégorisation. ( On retrouve , ici, la démarche « du oui  non »  de Britt Mari BARTH )

Exemple :  
Positif
                    Négatif  
pigeon                    maison  

aigle  
mouette
L’enfant en déduit que c’est la catégorie des oiseaux.  
Papillon
L’enfant en déduit que ç'est un animal qui vole.
Avion
L’enfant doit déduire que la catégorie est « on se déplace par l’auto-mouvement.  

I-3 La conceptualisation et l’élaboration de relations causales ont pour but de faire parler les enfants des propriétés des différentes choses qui les entourent.

Exemple : le tournevis a 3 sortes de propriétés :  
structurale : différentes parties, matériaux, couleurs...  
fonctionnelle : à quoi ça sert ? ...  
procédurale : comment on s’en sert ? ...

Si on se contente de rapporter les 3 propriétés, cela ne suffit pas, il faut les mettre en relation pour comprendre les différentes raisons de ces propriétés, c’est la théorie de l’objet.  

I-4  Conceptualiser, c’est construire des catégories. Elles se définissent à partir de plusieurs prototypes. BRUNER « Y-a-t-il une fin aux révolutions cognitives ? » R.F.P. n° 111 1995. 
Pour les psychologues, conceptualiser c’est construire des théories.  

I-5  La conceptualisation se fait par domaines.

Exemple : le concept du voleur.  
Cette très agréable jeune femme est venue dans ta maison, elle t’a embrassé. Mais ensuite, elle a décroché un miroir, elle est partie avec sans le demander. Est-ce une voleuse ?

A l’opposé de cet exemple une bonne action faite par une personne à l’apparence négligée ...

Les enfants sont, très tôt, des bons concepteurs du sens moral.  
Très tôt, les enfants conceptualisent la pensée, ils répondent comme les adultes et développent une théorie de l’esprit.  

II  Conceptualisation dans le domaine de l’esprit.  

« Comment les enfants découvrent la pensée. » ASTINGTON 1999  

                                                    instinct / émotion  

Croyances                                           désirs

                       

            Perceptions                                                                 intentions

 

                        événements dans le monde                   actions

 

                                                                       résultats

 

Les croyances sont liées à des désirs, les croyances et les désirs sont régis par des instincts et des émotions.  
Dès la GS les enfants construisent ça de façon complète.

Avant 4 ans, l’enfant sait que l’autre pense, mais si les pensées sont complexes, il n’est pas performant, à cet âge là, l’enfant ne ment pas, même si ce qu’il dit est faux, ce n’est pas pour manipuler la pensée de l’adulte. Exemple : « J’ai pas cassé le vase, je l’ai pas fait exprès. »

Vers 4 ans un changement de comportement est dû à l’expérience... La cause du comportement d’autrui, ce sont ses croyances.  

Pour comprendre une histoire, il faut rentrer dans les croyances des héros de l’histoire.  
« La fonction de l’histoire est de trouver une intention qu’atténue ou au moins rende compréhensible une déviation par rapport à un élément culturel canonique » BRUNER, « car la culture donne forme à l’esprit » 1991.  
Une histoire n’a pas le même enjeu qu’une théorie qui se veut toujours vraie.  
Dans l’histoire, on veut mieux comprendre ce qu’il y a dans la tête des héros.

Exemple : l’enfant qui n’arrive pas à comprendre que le petit chaperon rouge près du lit, ne sait pas que c’est le loup et non la grand-mère.

L’histoire doit réussir à construire simultanément 2 paysages :  
n   
celui de l’action = « la grammaire de l’histoire »  
n   
celui de la conscience

« Il croit que ... » Editions RETZ

1ère étape : Laisser parler les enfants qui vont émettre des hypothèses et pensent avoir donné la bonne suite, on tourne la page, et on se rend compte que la réponse n’est pas la bonne.  
2ème étape : Demander aux enfants de raconter toute l’histoire.

Les enfants de GS inventent des suites et après 2 , 3 histoires comprennent que ça ne se passe pas comme prévu.

Les enfants de MS ne comprennent pas et restent naïfs.

«  C’est pas possible » Editions RETZ

III  La conceptualisation dans le domaine du vivant.

Les enfants utilisent les concepts qu’ils connaissent dans un domaine pour penser les phénomènes d’un autre domaine.
Ils sont en avance dans le domaine de l’esprit, ils vont l’utiliser pour le domaine du
vivant. CAREY 1985.

Pour le jeune enfant, la notion d’animal est intimement mise en relation avec l’homme. Pour eux, un animal doit se rapprocher au maximum de l’homme dans son comportement.

Exemple :         le chat : la mère a des bébés, les nourrit, les câline, donc c’est un animal.
                       
Le ver de terre n’est pas un animal … le comportement du ver est trop éloigné de celui de l’homme.

Pourquoi mangeons-nous ?  
-         Réponse intentionnelle = explication psychologique.
-         Réponse vitalisme = réponse biologique (parce que l’estomac extrait de la nourriture.) 
-         Réponse mécanico biologique = biologie scientifique.  

Vers 4 ans, explication de type psychologique.  
Vers 6 ans, les enfants passent de psychologie de sens commun à une biologie de sens commun.

Brissiaud évoque un défaut d’inhibition différent d’un défaut de compréhension.

IV La conceptualisation dans le domaine de la numération décimale.

  -         La notion d’abstraction réfléchissante.

Compter jusqu’à 8 ne suffit pas à comprendre le nombre 8. Les concepts arithmétiques scolaires se fondent toujours dans un ensemble de collections identiques. Prendre une suite verbale, c’est différent des supports des connaissances numériques. L’alphabet est différent des nombres, ce qui manque à l’alphabet, c’est la décomposition.

Comparaison d’équivalence : Je construis une collection de 8, ou si je fais une collection de 4 + 4 ou 6 + 2 ou 9 – 1 , c’est identique et accessible de façon simple.  

Numération décimale, comprendre les équivalences  
Ex : 437
je compte un à un  
je change d’unités : 4.100 puis 3.10 puis 7.1 ou 43 groupes de 10 et 7.

L’abstraction réfléchissante, c’est une abstraction qui a un côté radical, les propriétés, c’est ce qui explique les concepts.  

Le rôle du langage
Ex : 2 suites verbales avec particule « et » : 2 « dix » et 3

Choisir le bon niveau d’abstraction pour parler aux enfants favorise la généralisation.

Exemple du mot groupe :         désigne l’action
                                                  désigne le résultat de l’action.

Quand je groupe, je fais un groupe.

Contrairement, au mot « paquet » difficile à imaginer pour l’enfant. C’est une représentation figurée de l’action.  

V La conceptualisation dans le domaine de l’écrit ( cf. OUZOULIAS dans les actes du colloque FNAME d’Antony en 2003.  

VI Conclusion

La conceptualisation se fait par domaine. Le maître E devrait disposait d’une théorie par domaine. Pour favoriser la conceptualisation, il convient de répondre à diverses questions.

1 Quelles sont les processus d’abstraction et d’attribution causale qui sont cruciaux dans ce domaine ?

2 Comment, dans ce domaine, l’apprentissage des concepts quotidiens et celui des concepts scolaires s’articulent-ils ?

3 Que penser des diverses pratiques langagières dans le domaine : dans quels cas sont-elles une aide, et dans quels cas sont-elles un obstacle ?

Quand un même mot désigne, dans le langage quotidien et dans le langage scolaire, deux concepts, il y a obstacle. Exemple : côté et sommet (géométrie, anatomie, géographie)  

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