Corinne Mérini

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le partenariat outil du maître E ?
Enjeux et limites


Corinne Mérini maître de conférences
IUFM Versailles – laboratoire PAEDI JE2432

Le partenariat est souvent confondu avec sous-traitance ou délégation, c’est une notion instable et récente que nous clarifierons à partir de l’analyse étymologique du terme qui permet de percevoir ses ambiguïtés, ses paradoxes autant que ses évolutions et son inscription multiple dans le champ social.
Pour le maître E, elle se décline essentiellement dans la relation aux pairs, aux parents, aux acteurs sanitaires et sociaux, de manière plus contestée aux élèves eux-mêmes. La relation partenariale est hétérogène elle mêle à la fois ce qui, dans les représentations collectives, est ressenti comme :
- des formes de monopoles légitimant les positions de chacun  (l’éducation est renvoyée aux parents, la santé aux acteurs sanitaires et sociaux, les apprentissages à l’école, la difficulté au maître E, l’autorité au Directeur etc… )
- des formes de concurrence, au fond les apprentissages concernent aussi les parents et l’éducation aussi l’école, la difficulté relève peut être autant du maître de l’élève et de l’organisation de l’école que du maître E etc..

C’est le fait d’intervenir conjointement sur les difficultés de l’élève qui amène acteurs et systèmes à construire des complémentarités. Sans cet enjeu d’intervention conjointe et de dynamique collective d’action il ne peut y avoir complémentarité. La difficulté, si elle est vraiment prise en compte par chacun joue le rôle de tiers espace à partir duquel une action négociée visant un problème commun va pouvoir être développée. Cette triangularité de la relation (concurrence/monoppole/complémentarité) s’organise grâce au contrat de collaboration que je définis comme : « l’ensemble des règles qui organisent silencieusement le jeu des partenaires et leurs actions, en limitant leurs zones devoir et de responsabilités  sur la bases des codes instrumentaux, affectifs et référentiels échangés dans l’action. »

Cet espace d’intervention élargi (celui du maître E), dépassant les murs de la classe est structuré au creux de réseaux de collaboration. Il faut entendre par réseau, une connexion non stabilisée d’actions. On peut dresser une typologie de ces réseaux partir de 4 analyseurs : la durée de l’action, la nature de l’ouverture, l’enjeu de l’action et la forme du réseau. Cette typologie sera présentée lors de la conférence.

La perte du repère de la classe et la coexistence d’une diversité d’intérêts supposent, de la part du maître E, des compétences organisationnelles spécifiques qui interfèrent avec les phénomènes d’apprentissage (côté élève) et de professionnalité (côté enseignant). A ce titre, les compétences à travailler avec d’autres et à organiser des formes scolaires (Vincent, 1994) non disciplinaires, et pas exclusivement référées à la classe, mériteraient d’être mieux prises en compte en formation. J’adhère pleinement à l’idée d’un système d’activités comme le propose B. Almudever (2004) qui nous permet de penser le travail de l’enseignant dans un ensemble plus vaste que celui de la classe, mêlant d’ailleurs plusieurs univers (personnel/professionnel, individuel/collectif etc..) sans qu’il y ait de ligne de clivage très perceptible. Dans ce cas, il ne s’agirait pas, pour l’enseignant, de développer plus d’activités, ou de nouvelles activités, orientées vers l’extérieur de la classe, mais de lui faire prendre conscience combien ce qu’il se passe hors de la classe (et qui n’est pas pris en compte) détermine ce qui se passe à l’intérieur, et d’aider l’équipe à améliorer ce que B. Almudever (2004) nomme la « socialisation organisationnelle des enseignants ». De fait des compétences en matière de montage, de communication, de négociation sont à acquérir en matière de travail conjoint, tant du point de vue du maître E que de ses collègues.
Une très récente étude à propos des écoles dites à « maîtres surnuméraires » a montré que le mouvement d’ouverture/fermeture que provoque le partenariat n’est pas sans conséquence pour les élèves et pour le maître. Il redistribue, en effet, ce qu’il est convenu d’appeler l’espace cognitif de travail, c’est à dire l’espace symbolique au sein duquel le maître, les élèves et la Connaissance vont entrer en interactions. Pour les élèves comme pour le maître (mais dans une moindre mesure pour ce dernier), cela suppose une disponibilité cognitive et affective pour passer d’une forme à une autre. Ce mouvement est présupposé bénéfique pour les élèves, mais ce n’est pas toujours le cas faute de repérage et/ou d’absence de signification, en particulier pour ceux qui sont en difficulté. Nous avons pu repérer deux formes de montage par chaînage ou par tuilage que nous présenterons lors du colloque. L’espace de travail, est à la fois cognitif, mais il est aussi espace d’autorité (des décisions y sont prises et imposées) et de légitimité (qui doit les prendre à quel titre ?). Ainsi le traitement des difficultés des élèves, fait entrer en conflit des professionnalités reste à faire en sorte que ces conflits de codes soient mis à profit, c’est là que l’idée de polyvalence de rôle du maître E prend tout son sens.


Le partenariat outil du Maître E ? Enjeux et limites

Corinne Mérini

(FNAME. Lille 2006. Transcription de A.Thomazeau).

Vous pouvez aussi télécharger le texte de la conférence au format .PDF

Profiter des prises de notes mises en ligne sur le site de MAITEOR (Côte d'or)

1/ La notion de partenariat

Plutôt que de partenariat, je préfère parler de dynamique collective de travail des enseignants.

Le mot « partenariat » est entré dans le dictionnaire en 1987.

Lorsqu’on est partenaire, on est dans une situation paradoxale d’avec, de contre et une relation qui va être conflictuelle (conflit de code, de logique, d’identité, de procédure,…)


Vers un définition « scientifique » du partenaire

Travaux de l’INRP (1987/1988) Analyse des collaborations interinstitutionnelles

Définition donnée : « Système d’actions concrètes visant la résolution d’un problème reconnu comme commun ou d’une problématique reconnue comme commune ».

On a tendance à parler de travail en équipe au sein de l’école et de travail en partenariat à l’extérieur de l’école. Ne vaudrait-il pas mieux parler :

Dans le domaine de nos recherches, nous sommes toujours restés dans le cadre d’une construction, c’est ce qui nous a permis de différencier le « partenariat » de la « soustraitance

», de la « délégation », du « sponsoring ». On ne peut dire partenariat que si l’action est réellement négociée.

Pour construire un partenariat, on peut se mettre d’accord pour toute la partie projet (en le finalisant par écrit), mais toute la partie action sera construite au fil du temps qui passe. L’action ne laisse pas de trace, il va falloir construire des traces pour évaluer le système d’action concret.

Il ne s’agit pas de négocier le projet, mais de négocier l’action qui vient derrière. Il est très important d’avoir un système de régulation permanent qui permette de mettre à jour la négociation de l’action. L’action doit être partagée et chacun doit savoir ce que fait l’autre.


2/ La relation partenariale

Dimensions de monopole

Le Maître E a le monopole de l’aide à la réussite (et non pas de la difficulté), alors que le Maître ordinaire a l’organisation de la classe et l’avancée du débat collectif. C’est ce que l’on appelle le monopole référentiel : chacun réfère à sa mission, à son identité et organise son travail en fonction de sa formation, des ses connaissances théoriques,…

D’autres formes de monopoles sont décrétés par le cadre réglementaire de l’école comme le monopole de l’évaluation institutionnelle.

Il y a aussi ce que l’on peut appeler les monopoles affectifs : dans l’action, il y a des pans qui appartiennent aux uns et qui n’appartiennent pas aux autres.


Dimension de concurrence

Dimension de complémentarité

la complémentarité devrait être intellectuellement distribuée ; ce n’est pas le cas. La complémentarité n’existe pas en soi. Elle se construit pas à pas, elle ne se décrète pas. C’est dans les allers retours entre opposition et coopération que vont se construire les complémentarités. Les configurations du système d’action vont être complètement différentes d’un contexte à un autre car le je des acteurs va être très différent d’un site à un autre. Cette complémentarité va se construire dans les espaces qui vont être laissés à l’autre pour qu’il puisse prendre place et qu’il puisse construire là où il a envie d’être.


3/ Des activités partenariales

Le contrat de collaboration

Ce contrat est tissé de liens qui unissent les partenaires et qui vont les amener à construire des je qui sont les leurs.

Le contrat s’élabore autour des signes, des codes que les partenaires s’envoient mutuellement

La sémiotique instrumentale : tout ce qui est rédigé du projet que l’on va avoir en commun.

La sémiotique affective : valeur de la relation que l’on accorde à l’autre.

La sémiotique référentielle : les modèles théoriques, les références sur lesquelles on s’appuie pour comprendre la situation. Si on veut construire un complémentarité, il est important que chacun s’ancre dans sa spécificité et que l’on construise une négociation qui permette une construction collective. Il est important que chacun mobilise son système de référence, à

condition de toujours l’expliciter.


Des apprentissages « àclassés »

Apprentissages qui ne se déroulent pas dans la classe, avec une forme organisationnelle un peu particulière.

L’école est construite sur des collections ( âge, disciplines, compétences , enseignants,…) Toutes ces collections prennent sens dans la classe qui organise les identités, les réalités et les représentations de tous les acteurs. Le coeur du métier, c’est la classe (pour le primaire / en secondaire : c’est la discipline d’enseignement). La norme est donc dans la classe et tout se qui se passe hors la classe prend place à la périphérie du métier d’enseignant et des activités scolaires.

L’aide à la réussite s’inscrit dans et hors la classe. Les maîtres E, les maîtres surnuméraires, vont développer une polyvalence de rôle. On se rend compte qu’il y a un vecteur de formation du maître E vers le maître de classe, et inversement, il y a un vecteur d’information du maître classe vers le maître E.

Le maître E joue de nombreux rôles (formateur, animateur,...): parce qu’il n’est pas dans la classe, il peut se permettre de dynamiser des choses.


En guise de conclusion, nous pouvons nous questionner autour de « comment analyser pour évaluer un partenariat ? ».

Jusqu’où peut-on aller pour prendre des décisions sans prendre l’espace de l’autre ? Travailler avec les autres va avoir un impact sur les autres. Il est donc important d’avoir un regard sur les impacts qui vont se faire.

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