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28/07/09 Lecture : ça va un peu mieux Il y a un peu moins de jeunes en grande difficulté de lecture en 2008 qu'en 2007. C'est une assez bonne nouvelle qu'apportent les premiers résultats des évaluations menées lors de la Journée d'appel de préparation à la défense. Touchant aussi bien les filles que les garçons, et uniquement les nationaux, les tests menés lors de la JAPD montrent qu'il y a 4,9% de jeunes en difficultés sévères de lecture, 6,9% avec de très faibles capacités et 9,8% de lecteurs médiocres. Au total 21,6% de lecteurs peu efficaces. C'est un peu mieux qu'en 2007 où les taux étaient de 4,9%, 12% et 9,8%. La tendance à l'augmentation de ces taux s'est inversée. Les écarts restent cependant énormes d'un département à l'autre. |
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Le toucher facilite l'apprentissage de la lecture. "Le toucher permet de mieux connecter la vision et l'audition et donc facilite l'apprentissage de la lecture chez les adultes" affirme le CNRS dans un communiqué. "C'est ce que viennent de montrer l'équipe d'Édouard Gentaz, chercheur CNRS au laboratoire de Psychologie et Neurocognition de Grenoble (CNRS/Université Pierre Mendès France de Grenoble). Ces résultats, publiés le 16 mars dans la revue PloS One, devraient permettre d'améliorer les méthodes destinées à favoriser l'apprentissage de la lecture aussi bien chez les enfants qui apprennent à lire que les adultes qui essaient d'acquérir une langue étrangère".Selon cet article, "lorsque les stimuli visuels sont explorés à la fois par la vision et le toucher, les adultes apprennent plus efficacement des associations arbitraires entre stimuli auditifs et visuels". Ces travaux corroborent des recherches précédentes menées auprès d'enfants. L'efficacité de la méthode multisensorielle s'explique par des propriétés spécifiques du sens haptique qui favorise la connexion entre la vision et l'audition. |
DEPP. Note d'information 08.38 Décembre (d'après le Café Pédagogique) Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 En 2007, la reprise d’une enquête de 1987, portant sur la lecture, le calcul et l’orthographe en fin de CM2, permet de comparer les performances des élèves à vingt ans d’intervalle, à partir des résultats observés aux mêmes épreuves. De plus, des points intermédiaires de comparaison sont disponibles, en 1997 pour la lecture et en 1999 pour le calcul.Les résultats sont contrastés selon les domaines et les périodes. En lecture, les résultats sont stables de 1987 à 1997 ; en revanche, on observe une baisse significative du score moyen entre 1997 et 2007, plus prononcée pour les élèves les plus faibles. La situation est différente en calcul : une baisse importante des performances, touchant tous les niveaux de compétences, est observée de 1987 à 1999 ; puis, de 1999 à 2007, les résultats stagnent. Concernant l’orthographe, le nombre d’erreurs, essentiellement grammaticales, constatées à la même dictée a significativement augmenté de 1987 à 2007. Les résultatscomplémentaires concernant les inégalités sociales et le retard scolaire sont également intéressants...Outre ce constat, il n'est pas proposé de pistes pour faire évoluer la situation. |
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La véritable ampleur de l'illèttrisme (Valeurs Mutualistes n° 258. 12/2008) Des ressources contre l'illettrisme A l'occasion de la Rencontre internationale Unesco –Agence nationale de lutte contre l'illettrisme à Lyon du 11 au 13 février, Cap Canal propose une série d'entretiens filmés de responsables venus de toute la francophonie. C'est le moment que choisit aussi Google pour ouvrir un portail proposant des textes universitaires, des livres, des vidéos, des blogs contre l'illéttrisme. |
Les évaluations en lecture dans le cadre de la journée d'appel de préparation à la défense (année 2007) . Les notes d'information - D.E.P.P - N°08.36 décembre 2008 12% des jeunes sont en difficulté de lecture.
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La
syllabique, c'est pas automatique ! Parlez-en à votre instit. |
Lecture : le discours
de la méthode… Jacques Bernardin |
Le B-A BA d'un ministre
de l'Education nationale peu informé J. David (12/2005) |
| APPRENTISSAGE
DE LA LECTURE Assez de polémiques, des réponses sérieuses ! 2 janvier 2006. Organismes et syndicats. |
Les fantômes de la méthode globale André OUZOULIAS |
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La méthode globale, cette galeuse ! |
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| Les méthodes de lecture : la conférence du consensus | Ecole : gare à la logique binaire ! Jean-Michel Zakhartchouk |
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La polémique sur la METHODE (10/2006) Lettre au
ministre |
La
circulaire du Ministre de l'Education Nationale Et un lien vers EDUSCOL |
Apprendre
à lire Commentaire
du "Café Pédagogique" sur le DVD "Apprendre à lire"
: De la communication scientifique à la propagande médiatique |
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"ENSEIGNER LA LECTURE AUJOURD'HUI : METHODES ET OUTILS" table ronde du 24 juin 2008 à GRENOBLE. |
Recueil de textes au sujet de la lecture, et en particulier de la polémique concernant les méthodes |
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Telle est la réalité. Celle que l'Agence nationale de lutte contre l'illéttrisme (ANLCI) veut faire connaitre, comme elle veut faire "connaitre et partager les pratiques de prévention et de lutte contre l'illettrisme qui réussissent". Afin de constituer ce patrimoine commun, elle a ouvert un forum permanent sur son site internet.
*Source : enquête information vie quotidienne (IVQ) de l'INSEE 2002-2005.
Voir aussi le site Bien Lire
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Roland Goigoux
Quelques jours avant les congés de Noël, un slogan a fleuri dans les écoles primaires : "La syllabique, c'est pas automatique ; parlez-en à votre instit !" Un slogan qui traduit la colère grandissante des enseignants de l'école primaire devant le mépris affiché à leur égard. Quand une campagne de santé publique est lancée, sur les antibiotiques par exemple, le premier interlocuteur proposé aux français est le médecin généraliste. Quand il s'agit de lecture, on minimise le rôle de l'instituteur, on décide à sa place ou l'on caricature son action. Pire, on le suspecte d'être le complice de ceux qui depuis trente ans s'acharneraient à empêcher les enfants d'apprendre à lire. Au mieux, on le plaint d'être victime de la tyrannie de sa hiérarchie ou des lubies de la recherche pédagogique.
Le syndrome du mammouth est encore présent dans les esprits et chacun connaît les dangers d'une campagne visant à dresser l'opinion publique contre les enseignants. Aussi le ministre a-t-il désigné des boucs émissaires pour adoucir ses accusations : après les IUFM et les inspecteurs de l'éducation nationale, ce sont dorénavant les éditeurs scolaires, incapables de concevoir autre chose que des " méthodes semi-globales ", qui sont livrés à la vindicte populaire. Mais qui peut se laisser abuser ? La grande majorité de nos concitoyens savent bien que ce sont les instituteurs qui choisissent leurs manuels, que ce sont eux qui décident de l'organisation de leurs activités d'enseignement et que la visite d'un inspecteur tous les quatre ans ne bouleverse pas leurs choix pédagogiques.
C'est lorsque le ministre exonère les enseignants de toute responsabilité qu'il les méprise le plus. Si les instituteurs n'étaient pas responsables de leurs pratiques pédagogiques, de quoi seraient-ils responsables ? Leur métier est-il si peu qualifié que n'importe quel père de famille ou spécialiste du cerveau peut décider à leur place de ce qu'il est bon de faire avec leurs élèves ? Si, comme l'affirme le ministre, une simple circulaire, rédigée à la va-vite et portant sur le seul cours préparatoire, avait le pouvoir de faire baisser de manière significative le pourcentage d'illettrés dans notre pays, c'est que le travail actuel des instituteurs serait d'une grande médiocrité.
L'ignorance du ministre sur la réalité des pratiques pédagogiques est un autre signe du manque de considération pour le métier des enseignants. Comment faire confiance à quelqu'un qui croit que les méthodes dominantes ont "un départ global très long" alors que Ratus et Gafi, les manuels les plus vendus et les plus utilisés au cours préparatoire, organisent l'étude des correspondances entre les lettres et les phonèmes dès le premier jour de la rentrée des classes ? Comment faire confiance à un ministre qui s'apprête à obliger tous les instituteurs à procéder de manière identique, quels que soient leur expérience et leurs savoir-faire ? Un ministre qui remet en cause leur responsabilité pédagogique et prétend imposer à tous une méthode syllabique en parfaite contradiction avec les programmes actuels … qu'il a lui-même préfacés !
Une telle ignorance du métier ne peut être qu'un déni du métier.
"Parlez-en à votre instit !" Ce slogan doit être compris comme une revendication professionnelle : il faut faire confiance aux instituteurs et renoncer à instaurer le couvre-feu pédagogique.
Roland Goigoux![]()
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Édition du 14-12-2005- Jacques Bernardin -
« Persévérer dans cette méthode
alors qu’on en connaît la nocivité est criminel. C’est un danger pour les
enfants » . Les méthodes globales et semi-globales sont « responsables de
l’épidémie actuelle de dyslexie », il faut revenir à la méthode
syllabique… Global, ce discours est plus du côté de l’anathème injonctif
que du conseil avisé, scientifiquement étayé.
La fabrique des illettrés
Y aurait-il plus d’illettrés qu’auparavant ? L’étude réalisée en 2001
lors des Journées d’appel de la Défense, portant sur la totalité des jeunes
d’une classe d’âge, révèle que 11,6 % éprouvent des difficultés
diverses, parmi lesquels 6,5 % sont proche de l’illettrisme, mais tous les
observateurs s’accordent sur le fait que c’est le taux le plus faible depuis
25 ans.
Les jeunes en savent-ils moins que leurs aînés ? Selon une enquête réalisée
par l’Insee en 2002, 12 % de l’ensemble des adultes ont des difficultés de
lecture, mais en comparant les tranches d’âges, on s’aperçoit que les
jeunes sont moins touchés que leurs aînés : cela concerne 4 % des 18-24
ans… mais 13 % des 40-54 ans et 19 % des 55-65 ans (1).
Trop de jeunes sortent sans diplôme ? Rappelons qu’en 1975, 56,5 % de la
population était non diplômée. Si aujourd’hui, 15 % d’une génération ne
valide pas son second cycle long, c’est le cas de 18 % d’une génération
dans la moyenne des pays de l’OCDE (et de 28 % d’une génération aux
Etats-Unis) (2)
.
Rappeler ces éléments, ce n’est pas pour autant négliger les 10 à 15 %
d’élèves faibles lecteurs à l’entrée en 6ème (qui auparavant n’accédaient
pas au collège). Qu’il soit plus insupportable aujourd’hui qu’hier de ne
pas maîtriser suffisamment l’écrit pour se mouvoir dans la vie sociale, être
autonome et accéder à l’emploi, chacun en convient. Mais peut-on parler de
baisse de niveau ? Si on considère ces chiffres et les programmes, il s’agit
plutôt d’une hausse – légitime - des exigences, sur les plans quantitatif
et qualitatif.
Le retour à la syllabique
On nous prescrit (avec fermeté !) un retour aux « bonnes vieilles méthodes »,
notamment à la méthode syllabique, supposée plus efficace. Et si on y
regardait de plus près ? Les I.O. de 1923 (qui ont prévalu jusqu’aux années
70) préconisaient d’insister sur le code. La lecture au CP devait « porter
sur des mots et des phrases simples ». Au cours élémentaire, on visait « la
lecture courante de textes simples » et au cours moyen, « la lecture courante
et expressive ». Il fallait attendre la classe de fin d’études pour
travailler la « lecture silencieuse de textes empruntés aux grands écrivains
». Les Instructions précisaient : « Pendant cette période (CP-CE1-CE2), le
caractère essentiel de la lecture est d’être ‘courante’ et l’on se
gardera d’en arrêter trop souvent le cours par des questions ou des
explications ». La méthode syllabique dominait, avec pour objectif d’intégrer
la reconnaissance phonie/graphie en faisant appel à la mémoire, la répétition
et l’oralisation collective. « Grâce à l’entraînement intensif auquel
ils auront été soumis pendant trois années, nos élèves, dès le début du
cours moyen, possèderont le mécanisme de la lecture » espérait-on à l’époque.
Hélas, la réalité résiste, amenant les inspecteurs à ce constat dans les
années 60 : « Ces vues exprimaient plutôt un idéal que la réalité. Des
constatations faites dans de nombreuses écoles, il résulte que la ‘lecture
courante’ n’est pas encore complètement acquise à dix ans par la moyenne
des élèves » (…) même dans la première année des écoles primaires supérieures,
on voit encore des élèves qui n’ont pas cette perception rapide et globale
des mots et des phrases qui, seule, permet une lecture courante intelligente »
(3).
Les programmes de 2002 intègrent les attendus de l’époque (« Lire à haute
voix un court passage en restituant correctement les accents de groupes et la
courbe mélodique de la phrase »(4)), et les débordent largement avec des
objectifs ambitieux afin de préparer l’ensemble des élèves à profiter de
l’enseignement secondaire : il s’agit désormais de pouvoir comprendre y
compris de façon fine des textes plus longs et divers, dans toutes les
disciplines… Exigences qui n’étaient auparavant adressées qu’à une
minorité de la population : l’élite destinée aux postes de responsabilité
et de pouvoir.
Les méthodes « responsables de l’épidémie
actuelle de dyslexie »
Voilà un thème porteur ! Résiste-t-il à l’examen ? Ecoutons les spécialistes
et en priorité ceux qu’on ne peut soupçonner de complaisance à l’égard
des « nouvelles méthodes ». Selon Franck Ramus, du laboratoire en sciences
cognitives et psycholinguistiques au CNRS, « A l’heure actuelle, les
recherches en neurosciences ne sont pas assez avancées pour valider ou
invalider telle ou telle pratique (…) Dire qu’il est plus efficace
d’apprendre à lire grâce à des méthodes syllabiques du fait d’arguments
reposant sur de nouvelles découvertes dans le domaine des neurosciences est un
peu fallacieux». Il n’y a pas non plus, selon lui, d’« épidémie de
dyslexie » liée à la méthode globale. La Fédération nationale des
orthophonistes, qui considère que la dyslexie touche 5 % des enfants, est du même
avis : « Il n’existe à ce jour aucune étude, validée scientifiquement,
mettant en évidence des liens de causalité entre méthodes de lecture et
pathologies du langage écrit »(5).
Est-il raisonnable d’imposer à tous prioritairement et exclusivement le b.a
– ba ? Beaucoup d’enseignants l’ont fait par le passé… et en ont expérimenté
les limites : d’une part, cela ne parle qu’aux élèves ayant compris la
nature du système écrit (ce qui est loin d’être le cas pour tous au début
CP) ; d’autre part, cela risque fort d’être insuffisant voire parasite pour
accéder à la lecture « intelligente », rapide et compréhensive, qui fait
majoritairement défaut aux faibles lecteurs de 6ème.
Sylviane Valdois, orthophoniste et neuropsychologue, chargée de recherche au
CNRS, travaille sur la dynamique d’acquisition des procédures de lecture, en
particulier sur le passage de la procédure analytique (identification des mots
par le déchiffrage) à la procédure lexicale (voie directe, procédure experte
visée fin Cycle 2) : « On a longtemps pensé qu’il y avait précédence de
la procédure analytique sur la procédure lexicale. Des études récentes
montrent qu’en fait les deux procédures se développent conjointement et
co-existent dès le tout début d’apprentissage de la lecture. Il semble en
outre qu’elles entretiennent des relations étroites et que le développement
de chacune d’elle contribue au développement de l’autre.» Le déchiffrage
n’assurerait-il pas la meilleure garantie pour accéder à la compréhension ?
« Il semble (…) que de bonnes capacités de traitement analytique, si elles
contribuent à l’enrichissement des connaissances lexicales, ne sont pas déterminantes
dans la mise en place de la procédure lexicale » affirme-t-elle. Comment alors
exercer les élèves à la procédure experte ? Les recherches récentes de son
équipe, tout comme l’étude de larges populations d’enfants scolarisés en
primaire révèlent « des corrélations fortes entre leurs aptitudes
visuo-attentionnelles et leur niveau de lecture (et d’orthographe). On a par
ailleurs pu établir que les capacités visuo-attentionnelles contribuent au
niveau de lecture des enfants indépendamment de leurs compétences
phonologiques »(6)
.
Autrement dit, d’une part le déchiffrage n’est pas un préalable à
l’apprentissage, d’autre part « la connaissance des correspondances entre
graphèmes et phonèmes ne suffit pas à une maîtrise des mots écrits » (a
fortiori de ceux qui comportent des irrégularités)(7). Si on y ajoute le fait
que la lecture ne se résume pas à l’identification successive des mots mais
exige des liens pertinents entre les mots au sein de la phrase ainsi qu’entre
les phrases pour comprendre un texte, on comprend vite que le « remède » qui
nous est proposé risque de ne guère aider les apprentis et les lecteurs précaires.
Qui sont ces « mauvais lecteurs » ?
Nos résultats sont-ils plus catastrophiques qu’ailleurs ? Les comparaisons
internationales nous situent dans la moyenne, tout en remarquant qu’en France,
la proportion de « mauvais lecteurs » est relativement modeste (8). Toutefois,
en y regardant de plus près et sur la durée, on s’aperçoit que ces résultats
globaux masquent une différenciation croissante entre les élèves, ce dont témoignent
les évaluations CE2-6ème et la récente évaluation PISA (9).
Qui sont ces élèves faibles ? Toutes les recherches l’attestent, confortant
l’expérience des enseignants aux divers niveaux : ce sont massivement les élèves
d’origine modeste qui sont en difficulté face à l’écrit. Dans son étude
sur les SEGPA, R. Goigoux relève que 97 % des faibles lecteurs sont issus de la
catégorie socio-professionnelle la plus défavorisée (10). Selon les notes récentes
de la DEP concernant les évaluations CE2 - 6ème, « en mathématiques comme en
français, la variable la plus discriminante pour le score est la catégorie
socio-professionnelle du chef de famille ».
On peut dès lors se poser la question : le problème est-il essentiellement pédagogique
? Quel impact les conditions de vie des familles démunies ont-elles sur leur
rapport à la scolarité et à l’avenir ? Les sociologues sont de plus en plus
nombreux à évoquer les « effets de contexte », qui jouent défavorablement
quand il y a une moindre mixité sociale et scolaire. Il est toujours facile
d’accuser l’école et les « méthodes modernes » quand on a laissé les
quartiers difficiles à la dérive et les enseignants seuls au front et sans
aide.
Les recettes du passé ont-elles de
l’avenir ?
Pédagogiquement, c’est une voie d’impasse pour la majorité des chercheurs
conséquents sur la question. Plusieurs décennies de travaux ont permis une évolution
constante de la compréhension des difficultés et l’exploration des voies
nouvelles pour l’apprentissage : c’est trop court de jeter l’anathème sur
une « méthode globale » dont on reconnaît par ailleurs qu’elle n’existe
pas, trop court de promouvoir une recette simpliste pour amener l’ensemble des
élèves à une maîtrise satisfaisante de la lecture. Quant aux enseignants,
soucieux de la promotion de leurs élèves et qui ont pour un certain nombre déjà
éprouvé les impasses d’une approche trop exclusivement centrée sur le code,
ils ne voient pas comment ces incitations aux relents nostalgiques pourraient être
facteur de progrès. Ils ont moins besoin de déclarations aux relents
injustement accusateurs que d’un réel accompagnement dans leur difficile et
ambitieuse mission.
Idéologiquement, ce retour à l’ordre ancien est compréhensible… Pour qui
considère que de pauvres méthodes suffiront bien pour les enfants de pauvres,
promis à l’apprentissage à 14 ans et destinés aux emplois déqualifiés.
Jacques BERNARDIN (GFEN)
On pourra aussi consulter :
- la tribune de Jacques David
http://www.cafepedagogique.net/dossiers/baba/
- les interventions sur le blog du Café dont celle d'Evelyne Charmeux
http://www.cafe-leblog.net/index.php?2005/12/13/30-l-enseignement-de-la-lecture
Notes :
1 Source : Insee, enquête méthodologique sur l’information et la vie
quotidienne, novembre 2002.
2 Haut Conseil de l’Evaluation de l’école, octobre 2003.
3 M. Lebettre, L. Vernay, Programmes et instructions commentés. Enseignement élémentaire
(1er Degré), Collection Bourrelier – librairie A. Colin, (13 ème éd. –
1966), p. 74.
4 Visée de fin Cycle 2 (Cf. Qu’apprend-on à l’école élémentaire ?, MEN,
CNDP/XO Editions, 2002, p. 94).
5 Propos extraits du journal Le Figaro, vendredi 9 décembre 2005, p. 11.
6 Sylviane Valdois, « Les élèves en difficulté d’apprentissage de la
lecture », Note au PIREF, déc. 2003.
7 J.-E. Gombert, « Compétences et processus mobilisés par l’apprentissage
de la lecture », PIREF, déc. 2003.
8 « Maîtrise de la lecture : quel état des lieux ? » La Lettre de l’Education
– Novembre 2002.
9 En 2003, les résultats entre les 10 % des élèves les plus faibles et les 10
% les plus forts vont, sur le « savoir lire », de 45 % à 88,7 %. La dernière
évaluation PISA (2003) relève des écarts de score très importants dans tous
les domaines : culture mathématique, compréhension de l’écrit, culture
scientifique (Notes évaluation 04.05, 04.06 et 04.12, DEP-MENESR, mai et déc.
2004 - www.education.gouv.fr/stateval).
10 R.Goigoux, Les élèves en grande difficulté de lecture et les enseignements
adaptés, Ed. CNEFEI, sept. 2000.
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J. David (12/2005)
Les récentes prises de position du ministre de l'Education nationale concernant les prétendus effets de la méthode globale sont pour le moins surprenantes (Le Parisien. Aujourd'hui en France du 08/12/2005). Encore une fois, certains responsables politiques semblent plus enclin à emboîter le pas à des thèses réactionnaires et sous-informées qu'à prendre le temps et la distance nécessaires pour prendre les décisions qui s'imposent (voir les questions au gouvernement et les réponses fournies lors de la session de l'Assemblée nationale du 23/11 dernier, à la suite de la diffusion du reportage de France 2 du 15/11). Il est également étonnant de constater qu'un ministre de la République ignore les textes qu'il a pourtant signés et qu'il est censé défendre.
En effet, concernant l'apprentissage de la lecture au cours préparatoire (du cycle 2) de l'école primaire, les programmes et instructions en vigueur - et préfacés par M. de Robien dans leur édition de 2005 - sont clairs ; il y est explicitement précisé que "Pour identifier des mots, l'apprenti lecteur doit avoir compris le principe qui gouverne le codage de la langue écrite en français : les lettres ou groupes de lettres (graphèmes) représentant le plus souvent des unités distinctives de la langue orale (phonèmes) assemblées en syllabes" (Qu'apprend-on à l'école primaire, programme du ministère de l'Education nationale, XO-editions, 2002, p. 72). Suivent 14 pages qui détaillent les conditions et modalités de cet apprentissage, et notamment le passage suivant qui met en garde les maîtres de ce cycle : " Certaines méthodes proposent de faire l'économie de l'apprentissage de la reconnaissance indirecte des mots (méthodes globales, méthodes idéo-visuelles…) […] On considère souvent aujourd'hui que ce choix comporte plus d'inconvénients que d'avantages" (Ibid., p. 78).
Comme on le voit, les principes issus de la méthode globale sont officiellement écartés, au moins depuis 2002. En fait, cette méthode, régulièrement présentée comme l'apanage des maîtres progressistes, n'a jamais été réellement pratiquée. Elle a été mise au point dans les années 1920 par un médecin pédagogue belge, Ovide Decroly, et reprise dans les années 1960 par quelques-uns de ses collaborateurs ; mais elle n'a eu, en France, qu'un succès très limité et éphémère. Les enquêtes menées à cette époque montrent que moins de 20 % des maîtres de CP l'ont utilisée, et encore sur une période très courte ; la plupart l'abandonnant en cours d'année, pour revenir à des méthodes alphabétiques plus classiques.
Et ce ne sont pas les délires et rumeurs colportés par certains
pseudo-pédagogues ou orthophonistes en mal de clientèle et visiblement
sous-informés (voir l'interview de l'une d'entre-elles dans la même édition
du Parisien) qui peuvent changer ces
faits ; pas plus que les récentes prises de position hystériques publiées sur
le Forum Internet du Monde qui
amalgament la méthode globale, la démocratisation de l'enseignement, la gauche
marxiste, les chercheurs du CNRS, mai 68… et j'en passe.
Dans un autre registre, je ne sais pas quels sont les experts consultés par le
ministre, et qui voient dans cette méthode globale la cause des dyslexies
actuelles ; mais si ces experts existent, ils ne sont certainement pas très sérieux.
En fait ceux qui ont une réelle audience nationale et internationale (voir
entre autres les actes de la journée d'étude de l'Observatoire national de la
lecture de février 2005) affirment justement que les méthodes de lecture n'ont
pas de rapport direct avec les troubles dyslexiques, décrits aujourd'hui très
précisément dans le cadre de travaux en psychologie cognitive et confirmés
par des études de neuro-imagerie cérébrale. Ces dysfonctionnements affectent
sélectivement les capacités grapho-phonologiques (le décodage des lettres et
des sons) et sont malheureusement indépendants des modalités d'apprentissage.
Enfin, il faut de nouveau revenir sur cette falsification des pourcentages d'élèves en difficulté de lecture à l'entrée en sixième. Nous avons déjà dénoncé l'ignorance des mêmes protagonistes qui avancent des chiffres très fantaisistes : 30 et parfois même 40 % d'élèves entrant au collège sans savoir lire. Et pourquoi pas 50 ou 60 %… ! De fait, là encore, les enquêtes sérieuses ne manquent pas, et il faudrait sans doute s'y référer avant de lancer de tels anathèmes. Ainsi, les données fournies, très officiellement, par le ministère de l'Education nationale, à partir des évaluations passées par tous les élèves de sixième montrent, depuis plus de dix ans, que 15 % des élèves sont réellement en "grande difficulté" de lecture (14,9 % très exactement, selon l'"Etude spécifique relative aux élèves en difficulté en lecture à l'entrée en sixième", parue dans Les Dossiers n° 112, du ministère de l'Education nationale, 1999). On est loin des 30 ou 40 % avancés dans certains reportages ou articles complaisants. Certes, ces 15 % d'élèves repérés en difficulté constituent un public encore trop important, mais au moins ceux-là peuvent-ils, aujourd'hui, poursuivre ou reprendre leur apprentissage de la lecture, au collège et dans les structures spécialisées mises en place. Ce n'était pas le cas des 70 % élèves qui, dans les années 1950, sortaient de l'école primaire sans pouvoir entrer au secondaire, et surtout des 50% qui n'avaient pas réussi le Certificat d'études primaires.
On se demande alors pourquoi tant d'ignorance, tant de rumeurs et de propos sous-informés sont colportés à l'envi. Pourquoi dès lors vouloir légiférer et promulguer décrets et circulaires sur la question, si ce n'est pour occuper un espace médiatique plus ou moins vacant dans le champ de l'éducation et tenter de masquer l'absence de réponses solides aux difficultés réelles des jeunes, notamment face à leur avenir scolaire et professionnel ?
On dénoncera également les critiques à peine voilées, adressées aux enseignants du primaire, soupçonnés de défendre des méthodes qu'ils n'ont en fait jamais pratiquées. Je défie qui que ce soit, ministre ou conseiller, journaliste ou délateur, de trouver sur le marché éditorial français un manuel de lecture qui propose une approche globale de l'apprentissage de la lecture. Au contraire, il faudrait soutenir ces innombrables enseignants qui savent conduire, avec compétence et énergie, les apprentissages de la lecture et de l'écriture, en parvenant tout autant à intéresser leurs élèves par des activités attrayantes et adaptées, et à maintenir la rigueur nécessaire à la maîtrise du système alphabétique du français. Il n'y a pas de contradiction entre une pédagogie moderne, intelligente, adossée aux résultats des recherches les plus actuelles, et une pédagogie combinant pertinence et précision méthodologiques. Pour cela point n'est besoin d'agiter cet épouvantail désuet qu'est la méthode globale. A notre avis, dans le domaine de l'Education nationale, d'autres dossiers plus urgents - et plus réels - sont à traiter ; les maîtres, les élèves et leurs familles attendent certainement des réponses plus sérieuses aux difficultés qu'ils rencontrent au quotidien.
Jacques
DAVID,
professeur de français à l'IUFM de Versailles,
rédacteur en chef de la revue Le français aujourd'hui et
conseiller scientifique à l'Observatoire national de la lecture.
Date de mise en ligne : 11-12-2005
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lundi 2 janvier 2006. Organismes et syndicats.
L’apprentissage
de la lecture est un enjeu majeur, pour toute la scolarité d’un enfant comme
pour sa vie d’adulte et de citoyen. Chaque enseignant, chaque parent y accorde
à juste titre une grande importance.
Sur
ce sujet trop souvent l’objet de polémiques stériles, les organisations
syndicales, les organisations de parents d’élèves, les mouvements pédagogiques
et les personnalités signataires tiennent à rappeler quelques éléments
incontestables et proposent, que l’information des parents et des enseignants
reste sur un terrain, qu’elle ne doit jamais quitter : celui de l’intérêt
de l’enfant.
1.L’apprentissage
de la lecture, ne relève pas seulement du cours préparatoire, et vouloir
ramener la réussite ou l’échec de l’élève au seul choix de la méthode
de lecture n’est pas sérieux. Certes, le CP est un maillon essentiel dans le
processus d’apprentissage, mais le rôle de l’école maternelle qui prépare
les enfants à une bonne maîtrise de la langue orale et du cycle 3 qui doit les
mener à une bonne compréhension des textes est tout aussi important.
2.La
méthode dite « globale », écartée par les programmes de l’école
élémentaire de 2002, n’est pratiquement plus utilisée dans les écoles. La
majorité des manuels de lecture enseignent les correspondances entre les
lettres et les sons, dès les premiers jours du cours préparatoire.
3.La
situation de l’école ne correspond pas à la description caricaturale qui en
est faite.
Toutes
les comparaisons internationales montrent que la France obtient des résultats
similaires à ceux des pays voisins européens. Les jeunes n’éprouvent pas
plus de difficultés que leurs aînés, au contraire : l’INSEE a dénombré
4% d’illettrés chez les 18-24 ans, mais 14% chez les 40-54 ans et 19% chez
les 55-65 ans. Le déchiffrage n’est pas le principal problème des élèves
en difficultés de lecture : si 4% d’élèves ne savent pas déchiffrer
à l’entrée en 6ème, 11% ne comprennent pas les textes qui leur sont proposés
bien qu’ils sachent déchiffrer.
Cependant,
chacun s’accorde à considérer qu’il est aujourd’hui insupportable de ne
pas maîtriser suffisamment l’écrit pour s’intégrer socialement et accéder
à un emploi. Donc, l’école doit chercher à mieux faire réussir tous les élèves.
Pour autant, il n’y a pas de recul ou de baisse du niveau, voire d’épidémie
de dyslexie ! La Fédération des orthophonistes rappelle qu’aucune étude
scientifique menée par des orthophonistes ne met en évidence un lien entre
approche globale de la lecture et troubles de l’écrit.
4.Les
travaux des chercheurs, comme l’expérience des enseignants, montrent que la
« querelle des méthodes » est dépassée. Méthodes syllabique,
globale ou mixte ont laissé place à de nouvelles pratiques forgées
progressivement au cours des trente dernières années. Il ne s’agit pas des méthodes
mixtes. Ces approches qui sont cohérentes avec les résultats des recherches
scientifiques récentes, mettent en œuvre simultanément la maîtrise du code
et la compréhension.
5.L’apprentissage
de la lecture ne se limite pas au déchiffrage et ne peut reposer exclusivement
sur une approche syllabique. Réduire l’apprentissage de la lecture est
simplificateur et mène ainsi l’école dans une impasse.
6.Nous
considérons que les principaux éléments des programmes de l’école
maternelle et élémentaire publiés en 2002 après de larges consultations
conservent toute leur pertinence. Ils rappellent qu’« apprendre à lire,
c’est apprendre à mettre en jeu en même temps deux activités très différentes :
celle qui conduit à identifier des mots écrits, celle qui conduit à en
comprendre la signification ». Ils ne se limitent pas au seul décodage et
visent, dès le début du cycle 2, la compréhension des textes et l’accès au
livre et à la culture écrite.
Les
programmes de 2002 inscrivent les apprentissages du cycle 2 dans la continuité
de ceux de l’école maternelle sur le langage oral, sur les habiletés
phonologiques, sur le principe alphabétique et la familiarisation avec la
langue écrite. Ils rappellent aussi que l’apprentissage de la lecture se
poursuit au cours de l’école élémentaire et n’est pas achevé au début
du collège.
Des
difficultés demeurent. Il faut les réduire. L’apprentissage initial de la
lecture peut et doit être amélioré. C’est en procédant à des recherches
rigoureuses, en renforçant la formation et l’accompagnement des enseignants,
en organisant une réelle évaluation du travail effectué dans les classes, en
prenant en compte les différences de rythme de travail et d’apprentissage, en
améliorant les conditions d’enseignement et d’apprentissage que l’école
peut développer les compétences des élèves en lecture. C’est aussi par un
effort de communication, entre l’école et les familles sur ce qui se fait réellement
en classe, que l’école contribuera à créer un climat de confiance propice
à la réussite des élèves.
C’est
également en soutenant et en renforçant toutes les initiatives, en lien avec
l’Ecole et les familles qui favorisent le goût pour le livre et la lecture :
institutions et associations culturelles, bibliothèques et médiathèques,
presse et médias de qualité pour la jeunesse.
Nous sommes bien loin des affirmations passéistes et
approximatives de l’actuel ministre de l’Education Nationale.
|
AGIEM (Association Générale des Institutrices en Ecole Maternelle) | |
|
AIRDF (Association Internationale pour la recherche en didactique du français) | |
|
CRAP - Cahiers Pédagogiques | |
|
ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) | |
|
FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) | |
|
GFEN (Groupe Français pour l’Education Nouvelle) | |
|
LIGUE de l’ ENSEIGNEMENT | |
|
SNUipp-FSU (Syndicat National Unitaire des Instituteurs et Professeurs de Ecoles) | |
|
SE-UNSA (Syndicat des Enseignants) | |
|
SGEN-CFDT (Syndicat Général de l’Education Nationale) |
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Mi-décembre (2005), le ministre de l’Education nationale a
communiqué avec force sa volonté d’abandonner la méthode globale et toute méthode
comparable à ses yeux. Sitôt dit, maires et éditeurs ont été convoqués, et
annoncée une circulaire destinée aux inspecteurs de l’Éducation nationale.
À la veille des vacances de Noël, l’état d’urgence devait être proclamé
dans les CP !
Le ministre affirme que les causes des difficultés d’apprentissage de la
lecture sont multiples – dont acte – mais se focalise aussitôt sur un seul
facteur, les « méthodes d’apprentissage » (comprenons « d’enseignement
»). Alors que les chercheurs s’efforcent depuis un siècle environ de
clarifier cette question, particulièrement délicate du fait de la multiplicité
des facteurs identifiés et de leur intrication, celle-ci se trouve soudain réduite
à un seul facteur qui, comme par hasard, est celui que l’opinion courante est
le mieux à même de reconnaître. Comme si, en passant du pluriel au singulier,
on pouvait transformer le complexe en simple, et, d’un coup de baguette
magique, résoudre un problème qui se pose depuis le début de l’instruction
obligatoire. Miracle de Noël ?
La même démarche vaut pour les « méthodes » elles-mêmes : en remplaçant
« la méthode globale » et ses supposés équivalents par une méthode
syllabique, le problème sera résolu, déclare le ministre. Hélas, ici encore,
la réalité résiste à la pensée simpliste. Il faut savoir en effet que, si
de très nombreuses recherches comparatives ont été effectuées, notamment
dans les pays anglophones, un grand nombre d’entre elles débouchent sur des
conclusions incertaines. Aucune en tout cas ne permet de définir une « méthode
idéale ». L’honnêteté scientifique doit aussi conduire à reconnaître
qu’il existe quelques études, rigoureusement conduites, dans des pays
francophones, en Suisse (1980), en Belgique (1992) et en France (2000)*, dont
les conclusions sont plutôt à l’opposé des opinions du ministre. Notons
enfin que le matériel pédagogique ne constitue qu’une petite partie de ce
qui se passe dans les classes et qu’identifier pédagogie et matériel utilisé,
c’est encore une fois réduire le problème à sa plus simple expression.
C’est précisément en raison des difficultés que posent les comparaisons
entre « méthodes » que les chercheurs ont été conduits à privilégier une
approche en termes de pratiques des maîtres. On pourrait souhaiter que le
ministère en prenne acte et renonce à ce qui s’est avéré être une impasse
théorique et pratique.
Vient ensuite l’argument d’autorité : le recours aux « neurosciences ».
Comment confondre éducation et neurosciences alors que les échelles de mesure
sont tellement disproportionnées ? Nos collègues, chercheurs dans les
neurosciences, ne savent pas plus ce qui passe dans une salle de classe que nous
ne savons ce qui se passe dans le cerveau. C’est en tout cas ce que disent les
plus sérieux d’entre eux.
Le ministre se propose enfin de démontrer en quoi la « méthode » qu’il met
en cause est dangereuse et en quoi la syllabique s’impose à l’évidence. En
ce moment pathétique où la rue de Grenelle rejoint le Café du commerce, le
fou rire le dispute à la consternation. Mais il est blessant, pour les maîtres,
les formateurs et les chercheurs, de voir ainsi mises en doute leurs compétences
professionnelles et la réalité de leurs connaissances par un responsable
politique qui aborde des questions, dont à l’évidence il ne soupçonne même
pas la technicité : les recherches en la matière, d’une extrême précision,
sont publiées dans des articles qui se comptent par milliers. Comment peut-on
les balayer ainsi d’un simple revers de main ?
Le plus inquiétant n’est-il pas qu’après que le Parlement a légiféré
sur la bonne façon d’enseigner l’histoire de la colonisation, en lieu et
place des historiens, un ministre s’arroge le droit de trancher sur la bonne
façon d’enseigner la lecture, en lieu et place des professionnels ? A-t-il
conscience qu’il dénie aux enseignants ce que l’école laïque leur a
toujours reconnu : la pleine responsabilité de leurs démarches pédagogiques ?
A-t-il même conscience d’ébranler gravement la confiance des parents dans
l’école ?
Dénuée de toute valeur scientifique, en rupture avec la tradition républicaine,
la campagne du ministre suscite notre indignation et nourrit nos inquiétudes.
* Cardinet & Weiss, 1980 ; Content & Leybaert, 1992 ; Le Bastard &
Suchaud, IREDU, 2000.
http://www.cafe-leblog.net/index.php?2005/12/05/29-vos-reactions#c235
Pour signer la pétition : http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1058
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L'offensive de Gilles de Robien vise à discréditer les valeurs d'égalité et de démocratisation du savoir.
Par André OUZOULIAS
mercredi 04 janvier 2006
André Ouzoulias professeur
de philosophie à l'IUFM
de Versailles, spécialiste des difficultés dans
l'apprentissage de la lecture.
Enfin ! Après les réseaux islamistes, la polygamie, les rappeurs et les mariages blancs, un ministre vient de découvrir le dernier coupable des maux des banlieues : non point le chômage, les inégalités et les discriminations, mais la méthode globale d'enseignement de la lecture... Cela peut étonner, irriter ou susciter l'hilarité. C'est selon. Car il est pleinement connu du ministre de l'Education nationale, comme des professionnels de l'enseignement, que la quasi-totalité des enfants en grande difficulté en lecture au-delà du CP ont été instruits selon des méthodes syllabiques.
En effet, dans la mesure où le B.A.BA. y est enseigné dès le début de l'année, la plupart des méthodes proposées par les éditeurs doivent être regardées comme telles. De plus, comme les professionnels, le ministre sait pertinemment que les difficultés en lecture ne relèvent pas toujours d'une identification malhabile des mots écrits, mais concernent au moins autant la compréhension des textes. Et très probablement, le cabinet a pu informer le ministre que la «méthode globale» a été mise au point par le bon docteur Decroly dans les années 20 à Bruxelles pour des enfants qui échouaient en lecture lorsque leur maître commençait par le B.A.BA., et que cette méthode (où l'on enseigne le décodage, mais de façon différée) n'a jamais été utilisée dans les CP en France... Il est de notoriété aussi que la méthode idéovisuelle, où les enfants sont censés apprendre à lire sans jamais recevoir d'enseignement direct du décodage, défendue par certains pédagogues américains et français, n'a été pratiquée, à partir de la fin des années 70, que par une toute petite minorité de maîtres et a quasiment disparu du paysage pédagogique.
Certains des informateurs du ministre savent aussi que «la méthode syllabique pure» de M. Boscher n'avait pas la magie que lui prêtent ses partisans : à l'apogée de sa diffusion, au milieu des années 1960, plus de 30 % des enfants redoublaient le CP ! C'est également l'époque du «boum de la dyslexie» (lire Pierre Debray-Ritzen, la Dyslexie de l'enfant, 1967), où le nombre de classes spéciales pour enfants non-lecteurs explose (classes de perfectionnement et classes d'adaptation), où, pour faire face aux difficultés en lecture, on étend le réseau des CMPP (Centres médico-psycho-pédagogiques) et où sont créés les GAPP (Groupes d'aide psycho-pédagogique, intervenant dans les écoles). Alors, pourquoi agiter ainsi le fantôme de la méthode globale ?
Ne nous y trompons pas, avec la campagne contre la «méthode globale», il ne s'agit pas de travailler à une plus grande efficacité de l'école et à l'intérêt des enfants, mais de faciliter la mise en oeuvre d'un programme politique de refondation de l'éducation, en réaction contre les valeurs d'égalité, de solidarité, d'éducabilité et de démocratisation du savoir. Pour cela, il faut discréditer les pédagogues et l'idée même de pédagogie. Et il est tentant de le faire en présentant la «méthode globale» comme leur enfant monstrueux.
Les parents doivent le savoir : en fait, ceux qui prônent la «syllabique pure», ne s'intéressent guère aux problèmes pratiques qu'elle pourrait poser. Selon eux en effet, si des élèves échouent malgré tout avec cette méthode, ce n'est pas la faute de celle-ci, cela tient au fait qu'ils ne peuvent pas apprendre à lire normalement parce qu'ils sont dyslexiques et l'école ordinaire n'y peut alors plus grand-chose. Ainsi, la difficulté en lecture est médicalisée, renvoyée en dehors de l'école, chez les orthophonistes, où, parmi dix enfants «traités», on aura peine bientôt à trouver l'authentique dyslexique. Il est tentant de mettre en parallèle ce refus d'enseigner la lecture à l'école en cas de difficulté avec le cas des enfants traités à la Ritaline : leur nombre flambe et, parmi eux, moins de un sur cinq est un hyperactif vrai ; les autres sont chimiquement contrôlés, probablement parce qu'ils ont dérangé un peu trop les adultes ou ont nui à leur «autorité» (le Monde du 23 novembre).
En tout cas, les autres revendications des partisans de la syllabique pure ne peuvent que susciter l'effroi. Sur leurs sites Internet, outre «la suppression de la méthode globale d'apprentissage de la lecture et de tous ses dérivés actuellement utilisés dans les écoles primaires (méthode mixte, méthode par hypothèse, méthodes à départ global)», ils demandent de «faire des classes qui soient socialement hétérogènes, mais intellectuellement homogènes ; supprimer le collège unique [...]; créer un examen d'entrée en sixième [...]; réformer les IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres), qui sélectionnent les futurs enseignants sur leur conformité idéologique avec les pédagogistes officiels (...) ; limiter le pouvoir des syndicats d'enseignants...». De plus, pour rétablir l'ordre moral et protéger les enfants des idées «décadentes» incarnées par des rats ou des sorcières dans les méthodes de lecture, ils invitent les parents à demander aux maires le refus de financer certains manuels (ils donnent la liste des ouvrages mis à l'index) et à renvoyer des cartons de protestation aux éditeurs (voir par exemple les fatwas diffusées sur les sites soseducation.com et lire-ecrire.org). La chasse aux sorcières est ouverte. A quand les autodafés ?
Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, il faut hélas se rendre à l'évidence : ces revendications constituent également le programme de certains réseaux de l'actuelle majorité et du ministre lui-même. Celui-ci n'a-t-il pas décidé de recevoir les éditeurs pour leur demander de faire le ménage dans leurs catalogues ? N'a-t-il pas reçu le président de l'Association des maires de France pour demander aux communes de ne plus financer les méthodes jugées inefficaces ? C'est une rupture historique avec les principes républicains et laïcs. Ces principes veulent en effet que les maîtres soient libres de choisir leurs outils à condition de viser effectivement les objectifs formulés par les programmes officiels. En contrepartie, leur travail est contrôlé par des inspecteurs et non par les notables ou des groupes de parents. Ainsi, tout à la fois, l'école peut travailler en sécurité, à l'abri des intérêts, des opinions ou des caprices des pouvoirs économique, politique ou religieux, et la nation peut être sûre que les maîtres transmettent les connaissances définies par les programmes.
Devant cette grave menace, aux conséquences imprévisibles, le président de la République, gardien des institutions, et qui a été élu dans un sursaut républicain contre des visions portées aujourd'hui par les inspirateurs de M. de Robien, se doit d'intervenir sans délai.
Les effets immédiats de cette offensive sont déjà mesurables. Le ministre a apeuré les parents, jeté le soupçon sur les enseignants et, en divers lieux, cela va conduire des groupes de pression à chercher à soumettre l'école à leurs diktats. Davantage de parents, vraisemblablement, lorgneront l'école privée en juin prochain (alors même qu'au CP elle utilise les mêmes supports que l'école publique !) Face à ces risques, les enseignants doivent établir un dialogue confiant avec les parents. Ceux-ci doivent savoir que, massivement, les maîtres respectent les enfants qui leur sont confiés et ont le souci de leur réussite ; quand ils choisissent une méthode de lecture, ce n'est pas selon des penchants idéologiques ou la mode du moment, mais de façon professionnelle et pragmatique.
Et que peut-on encore faire, dans les écoles et alentour, en particulier pour préserver l'intérêt des enfants ? Tout d'abord, me semble-t-il, dénoncer toute manipulation politicienne des problèmes de l'école et unir tous ceux qui tiennent à l'école de la République pour la défense de ses valeurs. Ensuite, rappeler clairement ce qui fait consensus parmi les professionnels de l'enseignement de la lecture. Enfin, reprendre sereinement les débats pédagogiques sur les points qui font question. Ce sera l'honneur de l'école de la République de s'y engager, contre vents et marées.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=348717
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par Célestin Freinet (1959)
Ce texte capital, et délicieusement écrit - ceux qui ont eu le privilège
de côtoyer FREINET à Vence, reconnaîtront son style fleuri et imagé - a tout
d'abord paru comme supplément à la revue l'Éducateur (n° 19 du 30 juin 1959,
pp. 25-31) ; c'est la version que nous proposons. Il parut aussi, un peu plus
tard (dans une version légèrement modifiée), comme préface au livre de
Lucienne BALESSE, La lecture par l'imprimerie à l'école (Bibliothèque de
l'école moderne n° 7, 1961).
Jean-Pierre Bénichou, AFL
Il faut dans toute période difficile trouver un bouc émissaire. La Méthode
Globale est aujourd'hui responsable de tous les maux dont souffre l'École.
Si les enfants lisent moins bien qu'autrefois, c'est la faute à la Méthode
Globale.
S'ils manquent d'attention et de concentration dans leurs devoirs, s'ils font
trop de fautes dans leurs dictées ou dans leurs lettres, c'est évidemment la
méthode globale qui en est la cause.
La discipline elle-même, et donc la marche générale des établissements, en
sont affectés. Qu'on revienne donc à la bonne règle préalable du B-A BA et
aux exercices méthodiques ; qu'on enseigne les bases avant d'aborder le tout,
et l'éducation refleurira. L'État sera sauvé.
Évidemment, ceux qui prononcent avec tant d'assurance ces condamnations
définitives ne savent pas même ce que sont les méthodes globales. Ils
ignorent sans doute que ces méthodes ne sont pratiquées intégralement dans
aucune école française, et que nous n'avons en France aucun manuel de méthode
globale. Partout, dans toutes les écoles, on débute bien par ce qu'on croit
être le commencement : le mot, la syllabe, les lettres avec seulement quelques
appels timides à la compréhension naturelle d'ensemble qui occupent bien
souvent dans les processus d'apprentissage non scolaire la première place.
La méthode globale n'est employée dans aucune école française comme méthode
de base, mais elle n'est pas moins déclarée responsable d'un désordre et
d'une carence dont parents et éducateurs commencent à prendre heureusement
conscience.
Il fallait un exutoire à la crise actuelle de l'École. La classe est
surchargée, les locaux trop étroits, le matériel d'expérimentation et de
travail inexistant, les écoles mal construites et mal organisées, les
éducateurs mal préparés et en nombre insuffisant. Tout cela ne serait
évidemment rien si on n'employait pas la méthode globale. Et on ne sait par
quel miracle, ce ne sont pas les instituteurs eux-mêmes qui portent cette
accusation, mais des pères de famille, des ouvriers, des artisans, des chefs
d'entreprise fort peu soucieux d'ordinaire des choses de l'École.
Comme on englobe volontiers nos techniques dans cette réprobation, il nous faut
tordre le coup, le plus vite possible, à ce nouveau monstre du Loch Ness, et
essayer de rétablir la vérité.
Nous croyons d'ailleurs deviner l'origine de cette réprobation inconsidérée.
Elle nous vient de Genève.
Genève fut, entre les deux guerres, non seulement le siège de la Société des
Nations, mais aussi comme le centre et le berceau de ce qu'on appelait alors la
PÉDAGOGIE NOUVELLE. Par je ne sais quel unique concours de circonstances, s'est
trouvé là un noyau fécond de philosophes, de psychologues, d'éducateurs, de
chercheurs dont l'influence a parfois été décisive dans l'évolution de la
pédagogie contemporaine. Je ne dirai jamais trop, pour ce qui me concerne, ce
que je dois à Pierre BOVET, CLAPAREDE, FERRIERE, Mlles AUDEMARS et LAFENDEL,
Robert DOTTRENS…
Attentifs à tout ce que le monde produisait de valable et d'utile dans le
secteur éducation, ils ont naturellement étudié l'oeuvre géniale du Dr
DECROLY qui, le premier, avait parlé de syncrétisme et de globalisme. L'école
restait universellement persuadée avant lui que l'éducation et l'acquisition
des connaissances ne pouvaient se faire autrement que par les processus en
honneur depuis toujours dans les écoles, et que l'enfant ne pourrait
reconnaître et lire le mot chat que s'il avait au préalable étudié le son ch
pour savoir que ch et at font chat.
Le Dr DECROLY avait eu l'audace de penser et de dire que la scolastique pouvait
se tromper et que c'était peut-être bien la tradition qui avait raison.
Que dit la tradition ? Que dit la VIE ?
Elle dit que la première vision de l'individu est toute globale et
syncrétique. L'enfant entend un pas, voit une ombre : " Maman ! ".
L'École redoute cette vertu de l'être d'appréhender toutes choses par la
complexité subtile des biais si divers qui s'offrent à la nature humaine. Elle
a, depuis toujours, posé en préalable une démarche qu'elle croit unique et
universelle. Elle pense que la vie se construit comme se monte un mur, pierre à
pierre, et que l'enfant ne saurait reconnaître sa maman si on ne lui a donné,
par l'instruction, les éléments de cette reconnaissance, en un processus de
démonstration apparemment logique : cette ombre est une femme... elle a des
pantoufles usagées qui raclent le parquet, un corsage avec trois boutons, les
yeux marrons et une mèche de cheveux frisant autour de l'oreille : " C'est
ta maman ! ".
Alors que l'enfant suit naturellement le processus inverse. Maman ! Il ne peut
pas se tromper ; c'est sûr et définitif. Tous les éléments de vie concourent
mystérieusement à cette reconnaissance. Il reconnaît maman comme le chevreau
reconnaît sa mère au milieu du troupeau.
Ce n'est que lorsque s'est faite l'identification, que l'esprit, l'oeil et
l'oreille - et une infinité d'autres sens qu'on a tort de négliger - peuvent
se préoccuper du détail analytique : la pantoufle, les boutons du corsage ou
la mèche de cheveux. Et ce second stade n'est même pas toujours nécessaire.
Je ne me souviens plus combien il y a de marches devant ma vieille maison
natale. Mais je puis y arriver de nuit : mes pas n'en manqueront pas une parce
qu'ils les ont comptées et inscrites dans ma mémoire des pas.
C'est tout cela le processus retrouvé de la méthode globale.
Il ne s'agit même pas de discuter s'il est juste ou faux ou efficient. Nous
sommes obligés de constater que dans la vie, il n'y en a pas d'autre. Mais la
scolastique n'en est pas à une inconséquence près.
Le Dr DECROLY avait remarqué de même que lorsque l'enfant apprend à parler,
il ne part jamais de l'élément apparemment simple. Ce n'est pas avec un p et
un a qu'il monte papa, mais avec le cri qu'un mouvement naturel des lèvres et
des mâchoires a modelé à l'aube de cette prise de conscience du milieu
ambiant par l'enfant préoccupé de vivre et de grandir : papa ! Il ne part
jamais, pour parler, de la lettre ou de la syllabe, ou même du mot, mais de
l'expression globale. S'il n'a qu'un mot à sa disposition, ce mot est déjà
dans un contexte d'intonation et de musique qui lui donne sa haute valeur
globale. Ce n'est que plus tard, lorsqu'il aura à sa disposition l'outil déjà
évolué de l'expression qu'il répètera, apprendra et construira des mots pour
enrichir son appréhension du monde.
L'enfant ne construit pas la maison pierre à pierre. Il a le pouvoir magique de
la faire éclore de son esprit et de sa vie, déjà reconnaissable et habitable,
maintenue par des piliers subtils mais solides et inaltérables. À la mode des
constructions actuelles qui dressent leurs piliers en béton jusqu'au coffrage
des étages supérieurs, pour bâtir ensuite les murs intercalaires, l'enfant
fait du global et du synthétique. Cela est indéniable.
Tout comme mon vieux chien aveugle qui, sans voir mon auto, la distingue quand
j'arrive, parmi tant d'autres autos exactement semblables, et la distingue AVANT
que j'arrive, par une démarche dont l'école n'a jamais voulu faire son profit
parce qu'elle dépasse la logique primaire inventée par la scolastique et qui
n'en est pas moins la démarche universelle de la vie.
Et rien ne se fait de grand en dehors de la vie.
Le Dr DECROLY avait donc constaté qu'une femme illettrée peut tenir
parfaitement à jour son calendrier à feuilles mobiles. Il nous arrive, à
nous, de confondre accidentellement, à la lecture, mardi et mercredi. Elle ne
les confond point parce que mercredi n'a pas la même figure que
mardi, pas plus qu'elle ne confond, même dans la pénombre, son propre
fils et l'enfant du voisin.
Au cours de ses recherches, le Dr DECROLY s'aperçut de même que le processus
habituel de la lecture, tel qu'il était pratiqué dans les syllabaires,
n'était pas forcément le seul valable ni le plus efficient. L'enfant peut
reconnaître avec certitude toute une phrase sans en distinguer les éléments ;
il peut lire sans b-a ba, quitte à apprendre le b-a ba ensuite.
L'avantage considérable de cette découverte, c'est que, dorénavant, l'enfant
n'était plus condamné à ajuster désespérément les éléments muets et
morts d'un puzzle auquel il ne saurait peut-être plus jamais insuffler la vie.
Finis les papa a puni toto… Nicolas a tiré le loto… Il n'y avait plus
nécessairement divorce entre technique d'une part, sensibilité et intelligence
d'autre part.
La méthode globale avait pris naissance.
Les pédagogues de Genève ne pouvaient pas rester indifférents à cette
découverte. Ils expérimentèrent à leur tour et confirmèrent les
découvertes de Decroly. Le résultat en fut que la méthode globale devint
officielle dans les écoles de Genève.
Mais la scolastique qui pervertit toutes choses ne se tenait pas pour battue.
Elle allait repartir à l'assaut de la vie qui, un instant, avait entr'ouvert
les portes de l'École et susciter elle-même les aménagements et perversions
qui allaient battre en brèche ces nouveautés.
Le processus global d'acquisition ne joue évidemment que si sont sauvegardées
les conditions mêmes de la vie. L'enfant reconnaît globalement sa maman parce
que des contacts affectifs
multiples et subtils - et indélébiles - ont été établis au cours de sa
première enfance. Mais il confondra les infirmières qui, dans la pénombre de
la crèche, s'occupent de lui plus ou moins mécaniquement. Il aura entendu les
pantoufles glisser sur le parquet, il aura vu les trois boutons briller au
corsage et une mèche de cheveux s'ébouriffer autour de l'oreille, mais ces
éléments pourtant acquis par la vision, le toucher ou l'audition, ne sont pas
suffisants pour une identification immédiate et certaine. Ils ne sont pas
inscrits d'une façon vivante dans le processus affectif des
individus. Ce sont comme des éléments d'une pile, riches en puissance
peut-être, mais qu'on n'est pas parvenu à raccorder et à assembler pour
éclairer une lampe ou activer un mécanisme.
Le processus de globalisation se trouve de ce fait en défaut. On a bien essayé
de poser le squelette de la maison. Mais on a négligé d'en assurer les piliers
et tout l'édifice est branlant. On pourra regretter alors, avec juste raison,
de n'avoir pas monté les murs pierre à pierre,
méthodiquement.
C'est l'aventure qui a suscité la réaction actuelle, partiellement justifiée,
contre la méthode globale.
Le Dr DECROLY avait montré, par ses observations et expériences, que l'enfant
est capable d'appréhender le mot et la phrase avant d'en distinguer les
éléments constitutifs, mais à condition bien sûr que cette phrase soit
insérée intimement dans le contexte de vie des individus.
Quand une école écrit au tableau et imprime :
"Avec une pile et une ampoule, Mimile nous fait de la lumière", les
mots sont intégrés naturellement, sans passe-passe scolastique, dans une
pensée et un événement vécus. Ils s'inscrivent, de ce fait, naturellement,
et avec un maximum de sûreté, dans le complexe d'acquisition et de vie. La
maison est bien posée d'un bloc et solide sur des piliers assurés par de
profondes fondations. On pourra sans danger monter les murs intermédiaires.
L'École a pris dans la méthode globale, la mécanique, mais elle a oublié la
vie.
Si l'enfant ouvre son manuel et lit cette phrase pourtant apparemment active :
"Toto est content, son papa l'emmène à la pêche"
il essaie de bien photographier l'ensemble, mais il ne reconnaît rien parce
qu'il n'est pas allé à la pêche. D'ailleurs, l'École sentant justement la
faiblesse de cette méthode hybride, a prévu une illustration qui est là pour
apporter un ersatz de vie. Ce n'est, hélas ! qu'un ersatz. On a jeté des
fondations mais on a oublié d'y couler le mortier. Il manque à notre texte la
chaleur de l'événement qui aurait inséré normalement la phrase dans une
expérience individuelle ou collective. Les piles ont été raccordées par un
cordon mauvais conducteur, et rien ne s'éclaire de ce qui justifierait le
processus de globalisation. L'éclairage manque ; la mécanique est en défaut.
Les images restent
floues et l'individu ne les reconnaît pas au passage.
C'est ce qui est arrivé à Genève, comme à Bruxelles d'ailleurs. On y a
édité des manuels de lecture globale. On a prévu des textes illustrés que
l'enfant doit lire globalement. Mais on a vite senti la nécessité d'aider
prématurément ce processus naturel par un recours à la lecture analytique. Et
sont nées ainsi, en Suisse et ailleurs, des méthodes mixtes qui ne sont qu'un
amalgame sans vertu.
Dans un mouvement de mauvaise humeur, une administration qui a trahi l'esprit de
Genève a condamné et interdit la lecture globale. L'événement a évidemment
fait scandale et autorité. Il est facile aujourd'hui, de partir en guerre
contre une méthode que la scolastique a détériorée et pervertie.
Essayons donc de faire le point.
Les principes de la méthode globale, non seulement en lecture mais pour
toutes les disciplines, tels que les a établis le Dr DECROLY et que nous venons
d'examiner, sont indéniables.
On en contestera l'application en éducation.
Il est exact que l'emploi scolastique de la méthode globale n'est pas sans
risques ni inconvénients.
1° On met au compte de la lecture globale ainsi scolastisée le fait que les
enfants écrivent moins bien qu'autrefois. Les lettres sont moins bien
formées, les fondements techniques mal assurés, les liaisons négligées.
Alors qu'autrefois, au temps des exercices méthodiques de calligraphie,
l'écriture était généralement, c'est exact, plus moulée et plus soignée.
Les causes de cette désaffection de l'écriture sont multiples. Mais nous
apportons du moins la preuve que les enfants qui ont appris à lire et à
écrire avec notre méthode globale naturelle, sans passer par aucun stade
analytique, ont une belle écriture courante dont nous donnons quelques
spécimens La responsabilité de la vraie méthode globale ne saurait être mise
en cause.
2° Les enfants d'aujourd'hui lisent moins bien et avec beaucoup moins de
rectitude que ceux qui ont été formés à la dure discipline de la vieille
école.
Et c'est malheureusement souvent exact. Les enfants soumis aux méthodes
hybrides dont nous avons déjà dit le danger ont souvent une lecture
exagérément globale. Ils se contentent de deviner l'ensemble et fabriquent des
mots en fonction de cet ensemble, sans un suffisant recours à la contexture des
mots. Cela est exact mais là encore, le principe de la lecture globale ne
saurait être incriminé puisque la presque totalité de ces enfants en France
du moins ont appris par une méthode mixte et que seules nos quelques milliers
d'écoles ont poursuivi la seule expérience vraiment valable.
Il ne fait pas de doute que le fonctionnement défectueux du processus de
lecture globale contribue à la faiblesse constatée en lecture. Quand il lit
ainsi globalement, l'enfant s'essaye à reconstituer un texte dont la rigueur ou
même la simple signification lui sont indifférents. Il lit :
"Toto est content. Son papa va à la pêche".
Il traduira aussi bien :
"Son papa va à la campagne"
ou
"Son papa va aux champignons",
selon son humeur. Il traduit la pensée du livre sans aucun scrupule puisque
aussi bien la lecture n'est pas, pour lui, prise de conscience d'un fait ou d'un
état d'âme, mais exercice gratuit.
Mais si le texte écrit au tableau et imprimé dit :
"Avec une pile et une ampoule, Mimi nous fait de la lumière",
l'enfant ne pourra pas interpréter :
"Avec une pile et une poule"
parce qu'il se rendrait compte aussitôt, sans le secours du maître, qu'il dit
là une sottise, et il s'appliquerait à rectifier.
La méthode globale bien comprise est exigeante dans la fidélité de la
traduction. C'est la méthode scolastique, qu'elle soit analytique ou mixte,
qui, parce qu'elle est mécanique et non obligatoirement liée au sens,
s'accommode fort bien de ce relâchement.
Mais si cette tare est le fait de toute méthode scolastique qui dissocie
technique et signification, comment se fait-il que les méthodes d'autrefois
n'aient pas eu les mêmes travers ? Ce qui est aussi incontestable.
Il faut, à notre avis, incriminer ici non seulement la méthode scolaire, mais
aussi l'évolution et la détérioration du milieu.
3° Toute notre vie contemporaine est axée sur le globalisme sans
contrepartie de consolidation analytique. Elle pose les édifices mais
néglige couramment les piliers.
L'enfant qui passe aujourd'hui dans la rue est sollicité en permanence par des
inscriptions et des affiches qui lui sont indifférentes et qu'il lit
globalement, sans se soucier de l'interprétation plus ou moins juste, des
signes qu'il enregistre. D'où des erreurs de lecture surprenantes, et qui
s'inscrivent parfois d'une façon tenace dans l'esprit des enfants.
De notre temps, il y a trente à quarante ans, les inscriptions étaient rares
ou même totalement inexistantes. Nous avions alors le temps de lire, de relire
et de méditer les mots ou phrases que nous rencontrions par hasard.
Il faut ajouter aux conditions anormales de cette globalisation, l'effet de la
vitesse, cet élément majeur de notre civilisation mécanicienne.
Nous nous arrêtions autrefois au bord de la route pour lire attentivement les
instructions sur les bornes ou les monuments. On défile aujourd'hui en train ou
en auto. Il faut, bon gré mal gré, bien ou mal, voir en un clin d'oeil, sans
possibilité de s'arrêter ou de revenir en arrière pour rectifier une mémoire
défaillante. On intervertit des mots, on échange des consonances qui
bousculent le sens et habituent les enfants à un à peu près contre lequel il
nous sera parfois difficile de réagir.
Mais il y a plus grave.
Avez-vous vu votre enfant lire son journal illustré ? Il regarde l'image et
réagit d'abord à l'image seule, donnant parfois lui-même le texte possible du
drame que ces images suscitent en lui.
Ensuite, mais ensuite seulement, il jette un coup d'oeil sur le texte. Il ne
s'agit pas de le lire syllabe à syllabe ou mot à mot, ni même globalement.
Il n'en a d'ailleurs ni le temps ni le désir. À quoi lui servirait cet effort
? Il promène son oeil distrait sur un texte si compact qu'il est d'ailleurs
souvent illisible. Et sur la base de cette vision rapide, il reconstitue le
texte à sa convenance. Il intervertit ou déforme à sa fantaisie les groupes
de mots, change les phrases, en estropie d'autres. Et finalement ce qu'il lit ou
comprend n'a plus aucun rapport avec le texte véritable.
C'est malheureusement ce mode de lecture qui risque d'imposer sa
prépondérance, parce que l'enfant y passe beaucoup plus de temps qu'aux
exercices scolaires et qu'il s'y donne avec beaucoup plus de passion, ce qui est
évidemment une cause majeure d'influence sur le processus général de lecture.
C'est contre ce mal à dénoncer et à contrebattre que nous nous évertuons.
Quand nous mettons au point notre texte libre, quand l'enfant lit ce texte au
tableau ou sur l'imprimé, l'auditoire proteste dès que l'original est quelque
peu déformé. L'élève doit faire nécessairement effort pour combiner une
vision fidèle du détail avec la compréhension synthétique de l'ensemble, ce
qui est le processus général de la lecture.
Ce processus normal, ce n'est ni DECROLY ni nous qui l'avons inventé. Nous
l'avons introduit à l'École. De tous temps l'enfant a éprouvé le besoin de
soutenir la lecture analytique, syllabe par syllabe et mot à mot par un
mécanisme global sans lequel toute lecture serait impossible.
L'enfant qui a appris à lire exclusivement selon la méthode syllabique et
l'adulte qui est resté de ce fait comme illettré, lisent en épelant : "To-to-est-con-tent-son-pa-pa".
Il reconnaît les mots et les signes. Il ne lit pas, il déchiffre. Il n'essaie
pas de comprendre puisque aussi bien une phrase ainsi débitée en syllabes et
en sons ne saurait avoir de signification, Et cela explique les réactions du
demi-illettré qui lit son journal :
- Qu'y a-t-il de neuf ? lui demande-t-on.
- Je ne sais pas… Je lis !(1)
Les deux démarches sont chez lui radicalement séparées : reconnaissance des
mots, compréhension du texte. L'homme ne sait pas lire.
Tous les enfants qui ont dépassé ce stade, ou qui ne s'y sont jamais
arrêtés, lisent selon un processus qui est une combinaison plus ou moins
astucieuse du déchiffrage et de la compréhension globale. Ce processus a
d'ailleurs été étudié et mesuré scientifiquement.
L'enfant fixe un mot pour en reconnaître la structure. Mais ce mot n'a
évidemment de sens que dans le contexte. Et c'est ce contexte que l'enfant
interroge. L'oeil part en reconnaissance, en avant du mot déchiffré. Il va
parfois même jusqu'à la ligne suivante, revient en arrière, repart en avant.
Le lecteur est en exploration. Il ne lira le mot que si le contexte est
rétabli. Jusque là, l'enfant hésite, bégaie. S'il passe outre ou si vous le
pressez, il traduira le mot au hasard, avec de graves risques
d'erreurs, dont il a d'ailleurs conscience.
C'est parce que cet effort global est indispensable à la lecture que l'enfant -
et l'adulte aussi - lit plus facilement un texte qu'il comprend, alors qu'il
hésitera, avec peut-être les mêmes mots si le texte est pour lui obscur. Et
vous vous mettez parfois en colère : "Mais tu as déjà lu ce mot ci-dessus...
". Mais le mot n'était pas dans le même contexte et n'avait pas de
ce fait la même figure sensible. Cela explique aussi que plus l'enfant est
intelligent, plus il a d'expérience, plus il comprend vite et mieux il lit.
Ces constatations, nous le répétons, sont classiques et bien antérieures aux
observations de DECROLY ou aux nôtres. On avait tout simplement négligé d'en
tenir compte dans l'apprentissage scolaire.
Il ne faudrait donc pas dire : " Sus à la méthode globale ! " qui
est celle de partout et de tous les temps, mais " Sus à la méthode
globale scolastique " ; " Sus à toutes les méthodes scolastiques
" qui, en dissociant les phénomènes naturels de lecture, compromettent,
aidés en cela par l'invasion fulgurante des techniques contemporaines, un
apprentissage de la lecture sûr, rapide et correct.
4° Les enfants d'aujourd'hui ont une orthographe beaucoup plus défectueuse
que les enfants d'il y a trente ou quarante ans et les adultes aussi,
dirions-nous.
Cela est aussi incontestable. Nous nous trouvons dans nos classes devant une
grosse majorité d'enfants qui font une faute à chaque mot : fautes d'accord,
mais surtout fautes d'inattention.
C'est, dit-on, parce qu'on ne leur a pas enseigné ou imposé de se surveiller
et qu'ils écrivent comme si cette orthographe n'avait aucune importance.
- Abandonnez la globale, nous dit-on, et revenez aux vieilles méthodes
d'autorité d'autrefois qui du moins enseignaient l'orthographe.
Voire !
Ce défaut incontestable, avons-nous dit, est le corollaire de l'erreur
d'apprentissage que nous avons dénoncée. L'enfant voit défiler les mots à
une allure qui ne lui permet pas la reconnaissance minutieuse de leur forme
vraie et de leur structure. Et comme il lit au hasard de son imagination, il
écrit au hasard de sa plume sans que la forme et l'orthographe puissent être
un tant soit peu liées à son propre comportement. C'est le contraire qui
serait étonnant. Il ne servira à rien, ou à pas grand chose, d'en revenir à
une méthode autoritaire qui ne rétablira point les circuits intimes détruits
ou faussés.
Il nous faut donner un sens affectif et humain aux textes lus et écrits.
Alors ces circuits se rétabliront lentement, sauf s'ils sont irrémédiablement
bloqués. C'est cette revivification que nous réalisons par le texte libre.
Mais nous faisons plus encore. Le texte libre pose la construction globale,
déjà solidement maintenue par les piliers affectifs et sociaux. Par la chasse
aux mots, par la grammaire vivante, nous allons monter pierre à pierre et
méthodiquement les murs intercalaires. Ce texte vivant qui est maintenant au
tableau dans sa forme définitive, nous allons le composer et l'imprimer.
C'est-à-dire que nous en reconstruisons lettre à lettre et mot à mot la
structure technique. Et cette reconstruction n'est ni arbitraire ni gratuite.
Elle est motivée. Elle est indispensable dans sa perfection à la vie du texte.
L'imprimerie ne souffre pas d'erreur. Les fautes commises doivent être
corrigées. Ainsi, face à la perversion née, moins de l'École, nous l'avons
dit, que d'un milieu qui ne connaît plus en fait de lecture et d'écriture, le
noble travail minutieux de l'artisan, nous recréons les circuits de technique
et de vie indispensables.
Les cures réussies nous prouvent que sont valables et nos pratiques correctives
et les explications théoriques que nous en donnons.
Nous recevons à notre École Freinet de Vence une proportion sans cesse
croissante de ces élèves dont les déficiences nous apparaissent comme le
fruit des erreurs et des insuffisances que nous avons signalées. Ils ne
manquent pas d'intelligence, mais ils n'ont pas pu surmonter le hiatus que les
circonstances actuelles posent entre les méthodes scolaires et la vie du
milieu. Ils n'ont pu résister à la désadaptation qui en est résultée. Pour
vivre, ils se sont installés tant bien que mal et parfois avec un certain
succès, dans le milieu extrascolaire et sont restés comme imperméables au
milieu scolaire. Ils ne veulent plus travailler. Ils ne savent pas lire. Ils ont
une orthographe déroutante et semblent perdus à jamais au point de vue
intellectuel et culturel.
Nous les rattrapons par nos techniques, plus ou moins vite selon la profondeur
des tares dont ils sont affectés. Nous rétablissons les circuits et redonnons
une santé intellectuelle en motivant écriture et lecture par le texte libre,
en les entraînant au travail minutieux et fini par la composition
typographique, la gravure du lino et le tirage délicat des textes. Nous
assistons alors à une guérison dont la rapidité varie certes avec les
individus. Elle peut se faire attendre un an et plus, mais elle vient. Les tares
dont on accusait les enfants disparaissent avec nos méthodes naturelles qui
sont, à l'image de la vie, tout à la fois analytiques, syncrétiques et
globales, au service du comportement profond des êtres à éduquer.
5° Il est de mode de mettre sur le compte des méthodes globales les tares
de dyslexie que les psychologues et les pédagogues considèrent aujourd'hui
comme une maladie nouvelle dont ils cherchent en vain le virus.
Il y a dyslexie lorsque, sous l'effet de troubles dont on ignore l'origine,
l'enfant commet dans son écriture des anomalies inexplicables et tenaces.
Les exemples les plus courants en sont les inversions de lettres dans certains
mots, inversions qui font croire à des dérangements congénitaux ou acquis
dans le processus de vision ou d'interprétation intellectuelle.
L'enfant écrit CRA pour CAR, BARS pour BRAS et inversement.
L'impuissance des éducateurs à réduire cette tare chez les individus qui en
sont atteints, a longtemps fait croire à quelque déficience profonde
nécessitant un traitement spécial. Le fait que cette tare devienne plus
fréquente ne signifie certes pas que le travail des instituteurs soit moins
consciencieux que naguère. Cette aggravation va de pair au contraire avec la
détérioration dont nous avons parlé dans les processus vitaux des enfants.
Notre expérience et nos réussites nous confirment dans cette opinion.
Nous constatons en effet que le même enfant qui écrira avec entêtement CRA
pour CAR, BARS pour BRAS, ne commettra jamais cette erreur en parlant. Que
penseriez-vous d'un enfant qui dirait à sa maman :
"Il faut que je m'habille CRA c'est l'heure de partir".
L'enfant rectifiera lui-même cette monstrueuse anomalie. Il écrit CRA pour CAR
parce que les méthodes traditionnelles l'ont habitué à l'écriture gratuite.
Comme il ne comprend pas ce qu'il écrit, et que de toutes façons cela est sans
importance, il écrira indifféremment CRA ou CAR.
Redonnons un sens, un esprit à son écriture. L'enfant sentira lui-même la
portée de son erreur et se corrigera immanquablement.
Il est enfin une constatation générale : la dyslexie n'existe absolument pas
dans les écoles travaillant selon nos techniques et nos enfants qui en sont
affectés s'y guérissent.
Dans l'actuelle querelle des méthodes, voilà des résultats qui mériteraient
d'être examinés de très près, mesurés et commentés par des éducateurs.
Si les faits que nous signalons sont exacts, si la thérapeutique que nous
préconisons est valable, on ne risquera plus d'englober nos techniques dans une
réprobation qui n'est pas toujours imméritée puisque nous apportons des
solutions éprouvées aux tares d'une pédagogie qu'il nous faut d'urgence
moderniser.
6° On accuse enfin les méthodes globales de l'impuissance croissante des
enfants à faire un effort.
À tel point qu'on se demande si une éducation autoritaire ne serait pas mieux
en mesure d'enrayer le mal, et si l'âge d'or de la pédagogie n'est pas dans
les traditions du passé plutôt que dans les audaces des chercheurs
contemporains.
Nous en avons assez dit pour qu'on comprenne à quel point cette dispersion des
enfants, l'impuissance où ils se trouvent de se concentrer pour une oeuvre
majeure, sont la conséquence de ce grave défaut d'éducation qui accentue le
hiatus permanent entre la vie conventionnelle d'une classe et les normes
déséquilibrantes d'un milieu mouvant et dynamique. Nos enfants sont trop
souvent comme sur un arbre secoué par la tempête. Ils s'accrochent aux
branches et se laissent balancer au rythme du vent en attendant que passe
l'orage.
Ils auraient besoin de quelqu'un qui les soutienne dans leurs efforts de
redressement et les ramène à l'abri du danger. Mais l'École a failli à ce
rôle.
Nous présentons des solutions éprouvées qui permettront aux éducateurs de
mieux voir où sont les vrais dangers et quelles sont les lignes de force et de
réussite qu'ils auront avantage à saisir et à promouvoir pour un meilleur
succès de l'École.
Essayons maintenant de résumer :
1. Le principe de la globalisation est indéniable et n'est d'ailleurs pas, dans
la réalité, une découverte récente.
2. Mais le principe de globalisation n'est nullement exclusif de toute
analyse ni d'une attention particulière aux éléments constitutifs de
l'ensemble.
L'analyse ne saurait se suffire sans globalisation et inversement. Une bonne
méthode doit faire fonds en permanence sur les deux processus comme cela se
produit dans toute acquisition naturelle vitale.
3. D'autant plus - et on l'a souvent négligé - que le fonctionnement de ces
processus n'est pas exactement le même chez tous les individus et ne
saurait être préétabli comme règle uniforme et obligatoire. Il y a des
individus qui sont portés vers une conception analytique particulièrement
efficace et que troublerait un trop pressant appel au globalisme. Ce sont en
général des enfants amoureux du détail minutieux jusqu'à en être parfois
maniaques, qui distingueront avec maîtrise les composantes et seraient tentés
parfois de négliger l'ensemble. Et il y a au contraire les personnalités qui
voient davantage les ensembles, qui sont globalistes nés et qu'on aura à
ramener prudemment parfois à l'étude attentive des détails qui conditionnent
les ensembles.
C'est pourquoi une bonne méthode - et elle ne peut être que naturelle - ne
doit être ni exclusivement globale ni exclusivement analytique ; elle doit
être vivante, avec un recours balancé et harmonieux à toutes les
possibilités que porte en lui l'enfant obstiné à se surpasser, à s'enrichir
et à grandir.
La solution des problèmes pédagogiques de l'heure ne saurait être en tout cas
dans un retour aveugle à des pratiques d'autoritarisme dont nous n'avons que
trop souffert. La vie marche et nous devons marcher avec elle, attentifs à ce
qu'elle nous vaut de constructif et d'éminent dans le monde que nos enfants
auront à dominer et à asservir.
(1)
FREINET reprend ici à son compte une très célèbre remarque d'ALAIN,
rencontrée si mes souvenirs sont bons dans le prodigieux ouvrage Histoire de
mes pensées.
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La
compréhension doit s’enseigner.
Avant
même l’apprentissage de la lecture, il faut un enseignement de la compréhension
du discours oral.
Les
élèves en phase d’apprentissage du code ou avec des difficultés à
identifier ne sont pas à même de conduire une action de compréhension au
cours même de la lecture.
Voici
quelques pistes pour enseigner la compréhension
-Renforcement
du vocabulaire dans le domaine évoqué par le texte.
-Travail
spécifique qui doit rester « contextualisé »
sur les anaphores et les inférences : Il s’agit d’enseigner aux élèves
des stratégies pour réguler et améliorer leur compréhension.
-Enseignement
« stratégique» : l’élève doit pouvoir identifier les stratégies
de lecture dont il a besoin pour répondre aux différentes tâches, il doit
savoir comment procéder et quand et pourquoi les utiliser.
Il
faut installer chez tous les élèves des mécanismes de régulation, c'est-à-dire
une conscience des stratégies auxquelles ils peuvent recourir pour améliorer
leur compréhension.
Plusieurs
pratiques peuvent être utilisées : le débat interprétatif entre
lecteurs, recherche sur le type de lecture que le maître donne à
travailler….
Le
maître doit veiller au support qu’il donne. Dans un premier temps, il est préférable
de privilégier les récits.
La
compréhension comme tout apprentissage doit faire l’objet d’une évaluation
formative.
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L’articulation
lecture-écriture doit être objet d’enseignement dès la maternelle. La dictée
à l’adulte va être l’activité privilégiée.
Au
C1 : Développement du langage d’évocation par la reformulation systématique
d’histoire lues prenant appuie sur le dessin ou l’oral.
Au
C2 : Enrichissement et reconduction de ces activités. L’oral va à la
fois faciliter la vérification de la compréhension des textes lus, l’entrée
dans l’écrit et dans l’analyse des productions d’élèves.
Les
enfants se verront proposer des situations problèmes en écriture : le laisser écrire avec ses propres compétences.
Au
C3 : L’oralisation préalable semble favoriser cette articulation. Le
travail de recherche de questions par les élèves sur un texte favorise la
compréhension et multiplie les modalités d’entrée dans l’écrit.
→ Importance de la mémorisation de procédures des élèves tant en lecture qu’en écriture par le bais du carnet de bord.
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Les
erreurs dans l’apprentissage de la lecture sont communes à l’ensemble des
lecteurs débutants mais certaines deviennent durables.
Pour
certains enfant l’obstacle réside ans le fait qu’il utilise exclusivement
la même stratégie cela reflète souvent des lacunes dans la représentation
de la lecture.
On
décline différents types de lecteurs en difficultés :
-le
lecteur centré prioritairement sur le code graphophonologique :il lit
lentement tous les mots, décompose, ne cherche pas le sens, prononce les non
mots, n’arrive pas à réaliser la tâche demandée à partir de consigne.
-Le
lecteur centré sur le sens : se sert beaucoup des indices, reconnaît les
mots d’emblée, s’éloigne de ce
qui est véritablement écrit.
-Le
lecteur centré sur la reconnaissance lexicale :
cherche à reconnaître des mots, prononce de vrais mots qui ont une
ressemblance visuelle avec les mots écrits sans se soucier de l’enchaînement
ou du sens des phrases.
-Le
lecteur qui utilise le code ou le sens sans combiner les deux.
-Le
lecteur centré principalement sur le code en début de mots, devine la finale
avec le souci de dire un mot qui existe mais sans chercher le sens de la phrase.
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Vous trouverez une petite synthèse des points importants sur lesquels les
chercheurs s'entendent quant à l'apprentissage de la lecture.
Il existe deux grandes familles de méthodes. La première privilégie une
entrée par le code : montage progressif des codes grapho-phonétiques pour
arriver au mot puis enfin à la compréhension ; La deuxième privilégie une
entrée par le texte et le sens pour descendre jusqu'aux éléments constituants
le mot. La plupart des méthodes combinent les deux approches. Les chercheurs
s'entendent sur le fait qu'il y a nécessité de mener de front un travail sur
le code et sur le sens : Il faut cependant veiller au dosage des deux approches
en évitant de s'enfermer dans une programmation rigide, et diversifier les
exercices. Il est important de ne pas inscrire les activités de lecture dans le
seul cadre scolaire. La lecture doit permettre l'accès à une culture commune
tout en favorisant les échanges sociaux. Les chercheurs s'accordent les
diverses compétences à développer pour entrer dans la lecture.
Il s'agit de :
| développer les compétences langagières | |
| travailler la conscience alphabétique et phonologique (mot à l'oral comme à l'écrit est composé de syllabes) | |
| identifier graphèmes et phonèmes pour une mise en correspondance | |
| automatiser le traitement du code de reconnaissance /déchiffrage des mots (perception, segmentation, mémorisation) |
Ces compétences sont imbriquées et ne doivent pas être considérées comme
des étapes.
S'il est difficile d'avoir un consensus sur ce qu'il faut faire, il en existe un
sur ce qu'il ne faut pas faire.
Lire n'est pas deviner
En début d'apprentissage, les activités de décodage absorbent totalement les
capacités cognitives de l'élève, il est n'est plus disponible pour le sens.
L'automatisation passe par la répétition et par des exercices spécifiques. La
compréhension se travaille et s'apprend.
Un travail sur la compréhension (sens) et sur le code doit être mené
simultanément
Il s'agit de permettre aux enfants d'entrer dans la culture écrite . Quatre
grandes activités sont distinguées :
| familiarisation avec des textes écrits | |
| production de textes | |
| compréhension de textes | |
| identification et production de mots |
Ces activités doivent être travaillées en parallèle, il faut donner la
possibilité à chaque enfant de progresser à son rythme dans ces activités.
Il ne faut pas exclure de ces activités un élève qui entrent tardivement dans
le déchiffrage.
La lecture à voix haute ne doit pas être prioritairement un contrôle du
déchiffrage
Elle doit être travaillée de la petite section au CM2 dans le but de
développer la lecture plaisir et la compréhension. Ainsi l'interprétation
vise à développer la compréhension fine. Le temps passé à la lecture
silencieuse n'améliore pas la qualité de la lecture si elle n'est pas reprise
par le maître. Le questionnaire et la lecture à voix haute sont des moyens
d'évaluation imparfaits quant à la qualité de la lecture.
Le texte est plus facile à déchiffrer quand l'enfant maîtrise le vocabulaire
Travailler l'extension du vocabulaire pour permettre aux élèves de mieux
appréhender le texte. IL ne s'agit pas pour autant de ne pas mettre de mots
inconnus dans le texte. Il s'agit là encore de dosage.
Quelques conseils
| Articuler les activités d'entraînement et de lecture de manière équilibrée : s'entraîner à déchiffrer quand ils devinent ou à repérer des indices quand ils déchiffrent en veillant à privilégier le sens dans la reconnaissance des mots. | |
| L'identification des mots doit être un préalable à la compréhension. | |
| Inciter l'enfant à changer d'attitude en lui expliquant où on veut le conduire, lui expliquer le découpage des tâches, les objectifs visés en fin de parcours et à chaque étape pour l'aider à trouver du sens à son travail. | |
| Pour prévenir les difficultés, il faut jouer avec une pluralité de
démarches : · découper la tâche en une série d'étapes · effacer progressivement les indices · faire succéder des activités courtes · segmenter les textes pour découper l'habileté recherchée en petites unités, les textes en phrases...les mots en syllabes... · inciter les élèves à survoler le matériel avant le début du travail · orienter l'attention des élèves sur certaines informations · transmettre ou rappeler certaines informations préliminaires concernant la tâche | |
| L'année de CP est une année stressante pour les élèves comme pour les
parents, afin d'éviter les malentendus dont les élèves feraient les
frais, il faut prévoir des temps d'échanges réguliers avec les enfants et
les familles Dans le document qui suit quelques pistes pour travailler la compréhension et l'entrée dans l'écrit. Les Difficultés de lecture : différents profils d'élèves en difficulté dans l'apprentissage. Conférence du consensus : Rapport du jury |
I - Remarques générales
1/ Apprentissage et enseignement. Vérités, opinions vraies et opinions
Un premier point doit être relevé, qui commande toute la lecture de ce
rapport : la différence entre l'apprentissage et l'enseignement.
La plupart des recherches dont la conférence a dressé le bilan portent sur
l'apprentissage de la lecture. A partir d'approches variées, ancrées notamment
dans la psychologie cognitive qui a inspiré de nombreux travaux tant en France
qu'à l'étranger, elles décrivent avec précision et de façon robuste les
composantes de l'apprentissage de la lecture. Elles sont en revanche beaucoup
plus évasives sur son enseignement, c'est-à-dire sur les procédés,
méthodes, exercices etc. par lesquels des enseignants, dans leurs classes, font
apprendre à lire à des élèves.
C'est qu'en effet l'enseignement ne se déduit pas directement des
apprentissages, pour la raison simple qu'il existe toujours plusieurs
cheminements pour parvenir à un même résultat. Savoir qu'un apprentissage
suppose nécessairement le montage des correspondances entre phonèmes et
graphèmes ne dit rien sur les procédés par lesquels le maître fera parvenir
ses élèves à ce résultat. Sur l'enseignement proprement dit, les experts ont
parfois présenté le résultat de recherches ; le plus souvent, ils ont
formulé des remarques et propositions dont certaines reposent sur la
confrontation d'expériences, de visites dans les classes, sur une familiarité
avec le milieu qui leur confèrent une certaine valeur. Ce sont des opinions
probablement vraies. D'autres sont de simples opinions, qui n'engagent que leurs
auteurs, comme certains experts l'ont d'ailleurs signalé en toute rigueur,
précisant dans leurs réponses qu'ils ne s'appuyaient pas sur des résultats de
recherche mais sur leurs impressions personnelles.
Le jury a donc disposé d'un matériel composite, dont les différents
éléments n'ont pas le même statut scientifique. Il s'est efforcé, dans la
rédaction de son avis, de tenir compte de ces degrés de certitude inégaux.
2/ Méthodes
Le jury a constaté que plusieurs méthodes d'enseignement sont compatibles
avec les acquis de la recherche. La seule méthode qu'on doive écarter est la
méthode dite " idéo-visuelle ", parce qu'elle refuse le travail
systématique sur la correspondance phonème/graphème dont les recherches
disponibles indiquent sans ambiguïté qu'elle est indispensable à la
reconnaissance des mots.
Dans l'ensemble, on a pu distinguer deux grandes familles de méthodes. Les unes
entrent dans l'apprentissage de la lecture par le montage progressif des codes
grapho-phonologiques et la reconnaissance des mots pour aboutir à la
compréhension. Les autres partent du texte et du sens, et descendent jusqu'aux
éléments constitutifs de la correspondance grapho-phonologique. Certaines
méthodes combinent les deux approches. Les maîtres, dans leurs classes,
suivent en général une méthode déterminée, mais, selon leur personnalité
propre et leur expérience professionnelle, à certains moments de l'évolution
de leur classe, ils empruntent à d'autres méthodes pour traiter telle ou telle
facette de l'apprentissage qui leur paraît insuffisamment développée dans
cette classe à ce moment précis.
La question des progressions est revenue à plusieurs reprises dans le débat,
sans recevoir de réponse arrêtée. Les experts partisans d'une progression
claire n'en tirent pas pour autant un découpage en phases strictement définies
; ils acceptent explicitement qu'on fasse commencer l'apprentissage de la
lecture à un élève qui n'identifie pas encore tous les phonèmes de la langue
et se refusent à définir ce que devrait être l'élève " prêt à
apprendre à lire ". A côté de progressions linéaires, ils observent des
progressions spiralaires, qui reviennent à plusieurs reprises sur les mêmes
éléments mais à des niveaux d'information et d'exigence différents et ne
peuvent donc fonder une structuration en phases successives. Tous les experts,
cependant, soulignent la nécessité d'un certain ordre. Ils attirent en outre
l'attention sur le fait que, s'il n'y a pas d'ordre nécessaire obligatoire, les
choix effectués ont des répercussions en cascade sur les autres aspects du
cheminement, ce qui invite les maîtres à réfléchir sur leurs choix.
De même, tous les experts insistent sur la nécessité de mener de front
plusieurs apprentissages complémentaires, de combiner le travail sur le code et
le travail sur le sens. Le point délicat est le dosage, qui est évidemment
évolutif et ne peut faire l'objet d'une programmation rigide. Il semble
également utile de diversifier les exercices. L'expérience du jury confirme
que dosage et diversification sont indispensables pour adapter les
apprentissages aux acquis des élèves, aux objectifs et aux contextes.
Il apparaît nécessaire en effet de veiller aux contextes dans lesquels
s'inscrit ce que l'on fait en classe. En particulier les enseignants qui
adoptent des progressions très systématiques, sur un matériel exclusivement
scolaire, courent le risque d'installer dans l'esprit de l'enfant l'association
étroite de la lecture et du monde scolaire, privant involontairement, mais
durablement, la lecture de son insertion dans une culture et de sa dimension
d'échange social, aggravant ainsi les difficultés scolaires des élèves dont
le milieu familial est étranger à la culture écrite.
Ces remarques s'imposaient. Il ne faudrait pourtant pas en conclure que les
recherches sur les apprentissages sont inutiles ou sans intérêt pour les
enseignants. Si elles ne permettent pas de définir une méthode d'enseignement
de la lecture qui s'imposerait au nom de la science, elles signalent très
clairement et très fermement des conditions que toutes les méthodes doivent
respecter. Pour qu'une démarche, une organisation pédagogique, aboutissent à
un apprentissage complet de la lecture, elles doivent répondre à certaines
exigences que les recherches permettent de définir.
Quels sont donc, sur l'ensemble de la scolarité maternelle et primaire, ces
exigences, ces points de passage obligé, ces apprentissages élémentaires sans
lesquels il est impossible d'apprendre à lire ?
II - Les points de passage obligé
1/ Les acquis des recherches
La lecture est une activité complexe qui suppose mises en place de
nombreuses compétences cognitives. Ces compétences sont étroitement
solidaires et elles s'appuient les unes sur les autres ; leur développement est
réciproque. Bien que, par souci de simplicité, nous les présentions sous la
forme d'une liste, il ne faut pas en déduire l'idée d'un enchaînement
linéaire des unes aux autres : leurs relations sont beaucoup plus complexes.
Les recherches psycholinguistiques et cognitivistes convergent pour identifier
les composantes suivantes indispensables, sans prendre parti sur leur ordre :
le développement des compétences langagières : morphologiques et lexicales,
syntaxiques, textuelles.
la conscience alphabétique et la conscience phonologique : le mot, à l'oral
comme à l'écrit, est constitué d'unités, et les mots sont faits de syllabes
;
la capacité d'identifier les graphèmes (lettres et groupes de lettres
constituant les unités les plus petites mobilisées dans la correspondance
écrit/oral), les phonèmes (constituants des mots oraux), et de mettre en
correspondance graphèmes et phonèmes ;
l'automatisation du traitement du code de reconnaissance/déchiffrage des mots
(perception, segmentation, mémorisation) ;
Si les experts convergent sur l'analyse, leurs recommandations sont inégalement
assurées. Ils sont très fermes sur ce qu'il ne faut pas faire, et moins sur ce
qu'il faut faire.
2/ Les conséquences pour l'enseignement
a) En premier lieu, les experts insistent sur l'automatisation de la
reconnaissance des mots et du code phono-graphique. Cette affirmation a deux
conséquences.
D'une part, lire n'est pas deviner. Plus le lecteur est expert, moins il devine.
Qu'à certains moments, certains élèves fassent appel au contexte de la
lecture (les illustrations par exemple) facilite la reconnaissance de mots
inconnus mais ne fait pas l'économie de leur déchiffrage. Deviner est un moyen
de résoudre une difficulté, ce n'est pas un mode d'apprentissage. De même, le
bain de langage ne permet sûrement pas d'apprendre à lire. D'autre part, il
faut rendre les opérations de décodage et d'identification-reconnaissance des
mots aussi automatisées que possible. Cette opération est au début difficile
et pénible, et elle absorbe tellement les capacités cognitives de l'élève
qu'il n'est plus disponible pour chercher le sens de ce qu'il déchiffre. Pour
prendre une comparaison, l'automatisation du décodage permet de décharger la
mémoire de travail des traitements de bas niveau pour consacrer le maximum de
ressources cognitives à la compréhension. L'automatisation de la
reconnaissance des mots ne s'oppose pas à la compréhension ; elle en est une
condition nécessaire : plus elle est rapide, plus et mieux l'on comprend. Ce
qui ne veut pas dire qu'elle suffise : la compréhension doit aussi s'enseigner
et s'apprendre. La difficulté est de l'ordre du comment faire. L'automatisation
passe par des répétitions et par des exercices spécifiques. Mais les
répétitions sont souvent fastidieuses, et les exercices spécifiques risquent
de paraître gratuits. Ce qui peut conduire à préférer des situations
d'apprentissage plus complexes, plus riches de sens, qui impliquent en revanche
un travail systématique et explicite sur le code.
b) Il est important de mener simultanément des activités sur le code et sur
le sens. Les activités de lecture dans le cadre scolaire doivent s'inscrire en
effet dans la perspective, pour chaque élève, d'entrer dans la culture
écrite.
Quatre grandes activités peuvent être distinguées :
la familiarisation avec les textes écrits ou acculturation,
la production de textes,
la compréhension de textes,
l'identification et la production de mots (connaissance graphique et
phonologique)
Elles correspondent à des champs qui se recoupent partiellement. C'est pourquoi
les distinguer ne peut conduire à une conception " étapiste " de
l'enseignement de la lecture. La recherche ne donne pas une réponse ferme sur
les différents pôles d'apprentissage et elle n'identifie pas un ordre
nécessaire obligatoire. L'enseignant doit être conscient de ses choix et des
conséquences en cascade qu'ils impliquent. Un point essentiel est de ne pas
exclure des apprentissages les enfants qui entrent tardivement dans le
déchiffrage.
Le fait de maintenir les quatre activités en parallèle permet à chaque enfant
de progresser à son rythme dans chacune d'elles : le maître peut moduler ses
exigences selon les élèves mais la classe garde des références collectives
et une mémoire commune. La coexistence de modalités de travail hétérogènes
dans une classe n'est pas un signe d'incohérence pédagogique. On ne peut que
recommander de diversifier les supports en fonction des objectifs poursuivis, et
de diversifier les manières de faire en fonction de ces objectifs.
c) Donner un sens à la lecture à voix haute. Travailler sur ce type de
lecture peut revêtir différentes modalités selon les objectifs que
l'enseignant s'assigne.
La lecture à haute voix par le maître est une situation qu'il convient de
pratiquer de la petite section jusqu'au CM2. Elle vise entre autres à mettre en
place des situations de lecture-plaisir, lecture-découverte,
lecture-informative… D'autre part elle permet une sensibilisation à
l'interprétation, c'est-à-dire à la compréhension fine.
La lecture à voix haute par l'élève n'est pas prioritairement une opération
de contrôle du déchiffrage. C'est aussi un entraînement à la lecture
expressive par un travail sur l'intensité, le rythme, la ligne mélodique, et
sur les effets à produire. Il convient également de ne pas négliger
d'instaurer des situations de communication entre élèves dans la classe : un
élève lit devant ses pairs un texte qu'il a préalablement préparé.
d) Sur la lecture silencieuse, l'apport de la recherche est très ténu. Tout au
plus peut on relever qu'il n'est pas établi que le temps passé à la lecture
silencieuse améliore la qualité de la lecture, quand elle n'est pas encadrée
et reprise par le maître (feed back). Une recherche sur ce sujet s'impose. Il
serait également souhaitable qu'une recherche pédagogique explore des
dispositifs qui permettraient de rendre la lecture silencieuse plus efficace :
les questionnaires et la lecture à voix haute sont, aujourd'hui, des moyens
imparfaits d'évaluation qui n'ont pas d'efficacité avérée dans la maîtrise
de la lecture.
e) Travailler l'extension du vocabulaire. La lecture est plus facile quand le
mot déchiffré présente pour l'élève une signification immédiate. Ce qui ne
veut pas dire qu'on doive s'interdire de faire lire un texte qui comprend des
mots nouveaux pour l'élève : là encore, c'est une question de dosage.
III - Lecture et comprehension
1/ La compréhension peut et doit s'enseigner
La notion de compréhension est en lien direct avec la capacité du sujet à
relier un " objet " à un modèle mental. Plusieurs travaux attestent
que l'enseignement de ce que les chercheurs appellent les processus
métacognitifs de la compréhension (contrôle et connaissance) améliore les
performances des élèves dans ce domaine. C'est ainsi, par exemple,
qu'apprendre à vérifier ce que l'on comprend par recoupements d'éléments du
texte permet une meilleure compréhension. Pour comprendre un texte écrit, le
lecteur élabore une représentation qui s'enrichit au fur et à mesure de sa
lecture. Cette activité aboutit toujours à une interprétation du texte qui
présente une marge de liberté plus ou moins large en fonction du texte, des
standards que se fixe le lecteur (ou qui lui sont imposés) et des connaissances
préalables dont il dispose. A ce titre, les traitements mis en œuvre
concernent à la fois les éléments linguistiques, les concepts et les
relations que ceux-ci évoquent. Les chercheurs rappellent avec force que tout
lecteur, et à plus forte raison un enfant, a une capacité limitée de
traitement de l'information : seul un nombre restreint d'opérations cognitives
peut être conduit de manière concomitante. C'est pourquoi tous les chercheurs
s'accordent à dire qu'il faut un enseignement spécifique de la compréhension
du discours, oral avant même l'apprentissage de la lecture, dès l'école
maternelle, oral et écrit ensuite, pendant l'apprentissage de la lecture et
tout au long de l'enseignement primaire, voire au collège. Ils soulignent en
outre que si la compréhension est très souvent évaluée dans les classes,
elle n'est que rarement enseignée en tant que telle. Les processus de la
compréhension restent la plupart du temps opaques à ceux qui les utilisent et
qui ne cherchent pas à les expliciter.
On l'a vu, lire consiste à conduire simultanément une double tâche : le
traitement perceptif et linguistique du texte d'une part et d'autre part la mise
en relation des phrases successives qui permet une interprétation cohérente du
texte. Il y a un consensus fort pour penser que les élèves en phase
d'apprentissage du code ou qui éprouvent des difficultés sérieuses à
identifier les mots ne sont pas à même de conduire une activité de
compréhension au cours même de la lecture. Ce travail d'automatisation est
donc nécessaire. Mais il ne suffit pas. L'obstacle majeur que rencontrent les
élèves dans l'activité de compréhension d'un texte est la mise en relation
des informations nouvelles avec celles qu'ils avaient déjà mémorisées et
traitées.
2/ Quelques pistes pour enseigner la compréhension
L'enseignement de la compréhension n'est pas très développé et nous nous bornerons ici à prolonger quelques pistes d'intervention suggérées par les recherches.
a)Un renforcement préalable du vocabulaire du domaine évoqué par le texte facilite la compréhension.
b) Les recherches montrent l'importance de l'anaphore et de l'inférence dans la compréhension. Les relations anaphoriques sont marquées essentiellement par certains articles, les déterminants démonstratifs et possessifs et les pronoms, mais aussi par l'utilisation d'autres mots quasi-synonymes (exemple : Les chatons jouent avec une balle en mousse. Ils la dévorent entièrement). Les inférences mettent en relation des informations évoquées de façon implicite dans un texte lu ou entendu (exemple : Le renard se lèche les babines. Le fermier le poursuit une fourche à la main). Un travail spécifique et explicite sur les relations anaphoriques et inférentielles est de nature à favoriser considérablement la compréhension. Par explicite, les chercheurs entendent l'enseignement de stratégies permettant le contrôle et la régulation de la compréhension. Le but est de faire prendre conscience aux élèves de leur niveau de compréhension et des problèmes qu'ils peuvent rencontrer, ce qui légitime l'enseignement de démarches efficaces pour résoudre ces problèmes. Cependant, ces cheminements de résolution doivent avoir un sens pour l'élève, ce qui suppose de les enseigner au moment où ils peuvent être utiles pour éclairer un texte qu'on est en train de lire.
c) Les chercheurs suggèrent en outre un enseignement qu'ils nomment "
stratégique ", dont l'objectif est de faire acquérir aux élèves
différents types de connaissances :
des connaissances déclaratives, qui permettent d'identifier les stratégies (le
QUOI : c'est quoi, une lecture de survol ?) ;
des connaissances procédurales, qui indiquent COMMENT s'y prendre ;
des connaissances conditionnelles ou pragmatiques : POURQUOI la stratégie
est-elle utile et QUAND faut-il l'utiliser, dans quel contexte ?
Les chercheurs montrent qu'il est pertinent de combiner plusieurs stratégies,
parmi celles qui contribuent à asseoir une véritable posture de lecteur actif
en quête de sens, en particulier celles qui ont un lien avec la prédiction
(hypothèses à vérifier), la clarification du sens (vocabulaire, orthographe,
morphologie et syntaxe), le questionnement à construire (quelles compétences
l'élève semble-t-il maîtriser face à quel texte ? comment s'y prend-il
lorsqu'il rencontre un problème ?), et le résumé (reformulation). Il faut
installer chez tous les élèves des mécanismes de régulation c'est-à-dire
une conscience des stratégies auxquelles ils peuvent recourir pour améliorer
leur compréhension. Pour l'élève qui apprend à lire, il s'agit en fait de
savoir :
quand il comprend ou ne comprend pas ;
ce qu'il comprend ou ne comprend pas ;
ce qui lui manque ou dont il a besoin pour comprendre ;
ce qu'il peut faire pour améliorer sa compréhension.
D'un point de vue pratique, ces stratégies sont très liées les unes aux
autres et ne peuvent être enseignées indépendamment. Deux démarches sont
envisageables et peuvent être combinées : la première s'appuie sur un
enseignement réciproque dans lequel le maître et les élèves collaborent et
discutent du texte qu'ils cherchent à comprendre, chacun à tour de rôle
dirigeant le groupe ; la seconde recourt à l'instruction directe par les
enseignants des stratégies de contrôle et régulation de la compréhension.
Plusieurs pratiques peuvent être utilisées. La confrontation des points de vue
des lecteurs (débat interprétatif) relève de la première démarche. Le
travail sur l'inférence, l'anaphore et l'implicite peut emprunter l'une ou
l'autre. Il suppose que l'enseignant réfléchisse aux supports qu'il utilise
(dans un premier temps, il faut privilégier les récits). Expliciter pour les
élèves sur quel type de lecture le maître les fait travailler peut les aider
: s'agit-il d'une lecture-entraînement pour travailler les codes linguistiques,
d'une lecture fonctionnelle pour acquérir des connaissances ou extraire des
informations, d'une lecture ludique pour le plaisir, ou d'une lecture
littéraire ?
Il est utile également de réfléchir aux modalités employées pour évaluer
la compréhension en cours d'apprentissage, car l'évaluation aussi fait partie
de l'enseignement. Elle ne consiste pas nécessairement à mettre des notes
(évaluation sommative), mais à permettre à l'élève de se rendre compte du
point où il en est (évaluation formative). La variété des modalités
d'évaluation, leur mise en perspective avec les objectifs d'apprentissage, leur
pertinence par rapport au contexte de la classe et aux compétences des
élèves, permettent au plus grand nombre d'aboutir à une représentation
satisfaisante du texte. Une évaluation qualitative de ce type permet également
de maintenir le niveau d'attente élevé sans lequel on ne peut faire réussir
tous les élèves, en particulier ceux qui éprouvent des difficultés
d'apprentissage.
IV - Lecture et entrée dans l'écrit
Savoir lire ne suffit pas. En fait, c'est principalement sur des épreuves
écrites que l'école évalue la réussite en lecture des élèves. L'autonomie
en écriture est une condition essentielle de la réussite scolaire et de
l'intégration sociale. Articuler fortement l'apprentissage de la lecture et la
production d'écrits s'impose donc.
C'est d'autant plus nécessaire que l'écrit n'est pas la simple transcription
de l'oral. En général, les relations sont plus simples et plus systématiques
pour passer de l'écrit à l'oral (chaque groupe de lettres a généralement une
seule prononciation) que pour passer de l'oral à l'écrit (un même phonème
reçoit des transcriptions écrites variables, comme ver, vers, vert, vair,
verre). La segmentation de la chaîne orale est moins marquante que celle de la
chaîne écrite, car la ponctuation, si elle ne traduit pas toutes les scansions
de l'oral, remplit une fonction logique riche de sens. Enfin l'écrit est une
forme de discours différé qui permet le retour en arrière si nécessaire et
se prête au survol ou à toutes sortes de manipulations par le lecteur (le
surlignement, par exemple) qui sont impossibles pour l'auditeur.
Les activités de lecture et d'écriture mobilisent des processus
d'apprentissage qui s'enrichissent mutuellement. Il est donc pertinent de
construire didactiquement la relation pour l'activer et produire l'effet
attendu. C'est ainsi qu'au cycle 2, l'articulation entre ces deux activités
permet un réel travail d'analyse phonographique qui favorise une relation entre
les phonèmes et les graphèmes et qui aide à la compréhension du principe
alphabétique. Cette interrelation peut être enrichie par des activités
langagières spécifiques.
Des liens entre les activités d'écriture et de lecture sont à construire avec
les élèves pas nécessairement de façon simultanée mais organisés dans une
séquence d'enseignement. Alors qu'il n'y a pas de consensus sur l'intérêt de
privilégier l'une ou l'autre des deux composantes, les chercheurs s'accordent
à dire que cette articulation doit y être l'objet d'un enseignement dès la
maternelle.
Au cycle 1, les activités langagières servent d'interface privilégiée à
cette articulation lecture-écriture. L'enseignant peut ainsi avoir recours à
la " dictée à l'adulte " pas seulement pour solliciter l'imagination
des élèves mais pour favoriser une activité réflexive tant du côté de la
lecture (mobiliser le stock lexical disponible et enrichir ce dernier, analyser
la chaîne sonore) que du côté de l'écriture (découvrir les contraintes et
les règles de la langue écrite et celles de la communication différée,
utiliser des mots du texte lu antérieurement dans le texte en cours
d'écriture). La " dictée à l'adulte " permet à l'élève non
seulement de voir ses paroles transcrites en un message écrit mais aussi
d'enrichir ses connaissances de l'écrit dans les domaines lexical,
orthographique et syntaxique. La reformulation systématique des histoires lues
(par le dessin, l'oral …) est de nature à favoriser cette articulation entre
les deux activités.
La plupart de ces activités sont à reconduire et à enrichir au cycle 2 dans
la continuité du travail préalablement initié au cycle 1. A ce titre, l'oral
peut à la fois faciliter la vérification de la compréhension de textes lus,
l'entrée dans l'écrit mais aussi l'entrée dans l'analyse des productions des
élèves.
A partir de l'identification par le maître d'un problème de lecture, des
situations-problèmes en écriture peuvent être mises en place en réponse à
ce questionnement. Selon l'avis d'un des experts, il n'y a pas de grand danger
à laisser, dans un premier temps, un élève écrire avec ses propres
compétences orthographiques, car la mauvaise graphie n'est mémorisée
qu'après de fréquentes réitérations. Toutefois, il est à souligner que la
graphie correcte est un des éléments constitutifs de la reconnaissance et de
l'identification des mots.
A partir de l'identification d'un problème d'écriture rencontré par les
élèves, on peut chercher dans la lecture un moyen de le résoudre. Ainsi, dans
le cas d'un projet d'écriture de texte prescriptif (règles d'un jeu de
société par exemple), les élèves peuvent se référer aux textes lus
auparavant afin d'en tirer des informations pertinentes concernant le contenu et
la forme du message. L'élève peut suivre une démarche similaire lorsqu'il
rencontre un problème de type orthographique. Il a à sa disposition dans la
classe divers outils auxquels il peut se référer (cahiers de mots ou
répertoire, mots affichés aux murs, mots lus dans des textes, dictionnaire…).
Dans ce cas, l'écriture appelle une nouvelle lecture différente et
complémentaire de la première en ce qu'elle invite l'élève à s'attarder sur
des éléments autres.
Au cycle 3, l'oralisation préalable par l'élève semble favoriser
l'articulation des connaissances à acquérir dans le domaine de l'écriture
avec celles à acquérir dans le domaine de l'oral. La recherche ou la
formulation de questions par les élèves sur le texte est de nature à
favoriser leur compréhension d'une part (guidage de la relecture) et d'autre
part à multiplier les modalités d'entrée dans l'écrit. Cette formulation de
questions que se posent les élèves sur le texte ou que ce dernier leur pose et
dont la réponse n'est pas donnée servira ensuite de guide pour la relecture
collective et favorisera une amorce de débat interprétatif.
Les travaux de recherche en didactique ont souligné l'intérêt de mémoriser
les cheminements des élèves tant en lecture qu'en écriture (journal de bord
par exemple) et de proposer des pistes pédagogiques permettant des
enrichissements mutuels. Les modalités d'évaluation sur l'articulation
lecture-écriture (éventuellement élaborées avec les élèves) ne peuvent
être pré-établies. Elles doivent obligatoirement tenir compte des
compétences de chaque élève et des objectifs poursuivis.
V - Les difficultés de lecture
L'importance accordée tant par la famille et l'élève que par l'école à l'apprentissage réussi de la lecture pèse sur cet apprentissage lui-même. L'échec, ou ce qui est prématurément appelé tel, atteint l'image que les personnes concernées se font d'elles-mêmes et peut conduire à un blocage, voire à un conflit. Dans certains cas, le rapport de la famille à l'école est déjà très tendu parce que la famille refuse en fait, obscurément ou explicitement, le monde d'une culture qui l'écrase et l'exclut. Dans d'autres cas, plus fréquents encore, ce que les enfants entendent chez eux et leur rapport au savoir scolaire engendrent une relation complexe et difficile à l'apprentissage que l'école leur impose. Il y a là l'origine de problèmes dont le jury signale l'importance et la complexité, mais qui dépassent le cadre de l'exercice qui lui était assigné.
1/ Qu'est-ce qu'un élève en difficulté dans l'apprentissage de la lecture ?
Il ne s'agit pas ici des élèves en difficulté, mais plus précisément des
élèves en difficulté d'apprentissage de la lecture. La majorité d'entre eux
doivent pouvoir dépasser leurs difficultés dans le cadre de la classe.
La lecture orale est révélatrice des connaissances et stratégies de
reconnaissance des mots des apprentis-lecteurs. Les erreurs sont communes à
tous les lecteurs débutants, mais elles restent un obstacle durable pour
certains. Pour d'autres, c'est la rigidité et l'exclusivité de la stratégie
employée qui est l'obstacle majeur. Ces erreurs révèlent des lacunes dans la
représentation de ce qu'est la lecture mais aussi dans les procédures
employées tant pour la reconnaissance des mots que dans la manière de lire.
Elles se déclinent en différents types qui se traduisent en profils de
lecteurs.
On peut identifier plusieurs types de lecteurs en difficulté. Il est à
préciser que les différents types énumérés ne constituent pas des
catégories figées dans lesquelles les élèves seraient classés. La nature et
la fréquence des erreurs que fait un même individu varient selon le contexte
et selon le type de texte qui lui est proposé.
a)Le lecteur centré prioritairement sur le code graphophonologique : il lit
lentement, tous les mots. Il les segmente en syllabes ou en sous-syllabes. Il
fait des erreurs. Il prononce des non-mots et ne cherche pas de sens. Il
n'arrive pas à réaliser la tâche demandée à partir de consignes.
b) Le lecteur centré prioritairement sur le sens : il se sert beaucoup des
indices extra-linguistiques (illustrations, consignes, matériel), et
linguistiques (début de phrase...), il reconnaît certains mots d'emblée, cela
lui permet d'anticiper sur le sens mais de ce fait s'éloigne de ce qui est
véritablement écrit. Il peut transformer complètement ce qui est écrit,
jamais il ne vérifie ce qu'il dit à partir des lettres du mot.
c) Le lecteur centré sur la reconnaissance lexicale. Ce lecteur cherche à
repérer les mots qu'il connaît ou croit connaître instantanément. Il
prononce de vrais mots qui ont une ressemblance visuelle avec les mots écrits
(porte/pomme, blouse/bleue) sans se soucier de l'enchaînement des mots ni du
sens des phrases.
d) Le lecteur qui se centre soit sur le sens, soit sur le code. Pour
reconnaître les mots d'un texte, tantôt il cherche à deviner les mots,
tantôt il tente de les déchiffrer en disant des non-mots, mais il ne combine
pas le sens et le code.
e) Le lecteur centré principalement sur le code en début de mot, devine la
finale : il déchiffre la première syllabe ou une partie de celle-ci, puis
devine la suite avec un souci de dire un mot qui existe (papa travaille est lu
papa tracteur) mais sans rechercher le sens de la phrase.
f) Le lecteur qui combine code et contexte écrit sans vérification. Ce lecteur
possède de bonnes stratégies, mais ne vérifie pas ce qu'il a lu surtout si ce
qu'il a lu semble avoir du sens (la phrase : la voiture roule à vive allure est
lue la voiture roule à vitesse allure).
2/ Comment aider ces élèves ?
La recherche ne permet pas de trancher entre les activités directement
correctrices et celles qui visent à contourner l'obstacle en s'appuyant sur
d'autres habiletés que celles qui sont en échec. En tout état de cause, il
nous semble préférable d'amener l'enfant à corriger lui-même ses erreurs en
se confrontant à d'autres démarches, plutôt que de lui imposer une façon de
faire que l'enseignant juge plus efficace.
Pour intervenir auprès des lecteurs en difficulté, il est nécessaire
d'articuler de manière équilibrée dans la classe des activités
d'entraînement et de lecture. Notons que l'identification des mots est un
préalable à la compréhension, même si son amélioration n'implique pas
forcément un gain pour l'accès au sens.
Les activités d'entraînement ne constituent pas une fin en soi. Elles visent
à aider certains de ces élèves à progresser dans les activités de lecture.
Pour cela, il paraît prioritaire d'entraîner les élèves à déchiffrer quand
ils devinent ou à repérer des indices quand ils déchiffrent, en veillant à
privilégier chaque fois le sens dans la reconnaissance des mots.
Un enfant en difficulté d'apprentissage de la lecture cherche à se protéger
du conflit qu'il connaît en restant figé dans ses attitudes. Il garde ainsi le
contrôle dans son activité. L'enseignant doit l'aider à sortir de ce blocage
en cherchant dans d'autres directions. Il doit favoriser le décloisonnement et
la flexibilité. Le maître y parviendra d'autant mieux que l'élève aura
compris où il veut le conduire. L'explicitation préalable du découpement de
la tâche et des objectifs visés en fin de parcours et à chaque étape peut
aider l'élève à trouver du sens à son travail et à y adhérer. Ce qui
suppose aussi des échanges constants entre le maître et les élèves, parfois
un accompagnement pas à pas, et souvent un travail en petit groupe qui permet
de mieux gérer l'hétérogénéité de la classe. Par ailleurs la typologie des
principales difficultés rencontrées par les élèves dans l'apprentissage de
la lecture permet de proposer quelques pistes dans la prévention de ces
difficultés.
Dans la pratique, il faut jouer avec une pluralité de démarches :
découper la tâche en une série d'étapes ;
effacer progressivement les indices ;
faire succéder des activités courtes ;
segmenter les textes pour découper l'habileté recherchée en petites unités,
les textes en phrases, les mots en syllabes, les syllabes en lettres, les
graphèmes en lettres ;
inciter les élèves à survoler le matériel avant le début du travail ;
orienter l'attention des élèves sur certaines informations ;
transmettre ou rappeler certaines informations préliminaires concernant la
tâche.
On voit que les résultats des recherches peuvent s'articuler avec la réflexion
sur les pratiques des enseignants et permettent de les améliorer pour mieux
prendre en charge les élèves qui présentent des difficultés de lecture.
Cependant, le jury constate que les recherches sur l'acquisition du code sont
plus développées que celles qui portent sur les difficultés de
compréhension. Il souhaite donc que ces dernières soient encouragées. D'autre
part, il suggère qu'en plus de ces recherches de psychologie cognitive ou de
linguistique, et en liaison avec elles, soient développées des recherches qui
prennent pour objet l'étude des effets, sur les élèves et leurs
apprentissages, des méthodes mises en œuvre par le maître et des pratiques
d'enseignement en usage dans la classe.
Une remarque pour conclure
Force est de constater que l'enseignement de la lecture fait souvent l'objet
d'une inquiétude excessive tant de la part des parents que des élèves ;
l'enjeu est volontiers prématurément dramatisé. Ceci peut conduire à des
initiatives qui soutiennent plus ou moins opportunément le travail de classe.
Des malentendus naissent, dont les élèves risquent de faire les frais.
Afin de limiter ces problèmes récurrents, il est préférable pour les
maîtres eux-mêmes d'expliciter leurs objets et démarches d'enseignement. Ce
travail de clarification semble nécessaire :
pour les maîtres eux mêmes, qu'il éclairera sur leur propre pratique ;
pour les élèves, à qui il permettra d'expliquer à quoi servent les
activités et les exercices de la classe ;
pour les parents enfin, auxquels il apporte la possibilité de comprendre et
éventuellement d'accompagner le parcours de lecture de leur enfant.
Les explications données en début d'année scolaire ne suffisent pas. Il est
nécessaire de faire le point régulièrement avec les élèves comme avec leurs
parents.
http://www.bienlire.education.fr/01-actualite/c-En-parle06.asp
![]()
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Jean-Michel Zakhartchouk
Le ministre de l’Education nationale nous promet un débat au Parlement sur l’école. Etant de ceux qui, dans un Manifeste pour un débat public sur l’école[1], ont souhaité ce débat, je ne peux que m’en réjouir. L’école est bien l’affaire de tous les citoyens et elle a tout à gagner a priori d’un tel débat.
Le problème est que, dans le même temps, le ministre nous gratifie d’une série de considérations dans sa « lettre à ceux qui aiment l’école » (qui sont ceux qui ne l’aiment pas ?) qui ont plutôt tendance à enfermer ce débat dans une logique binaire, en durcissant des oppositions qui n’ont pas vraiment de consistance pour rejeter en bloc un point de vue sur l’école qu’on accuse de manière caricaturale d’être responsable de tout ce qui ne va pas.[2]
Pour
ma part, enseignant en collège ZEP depuis plus de vingt ans, je ne me reconnais
nullement dans les oppositions qu’énonce notre ministre.
On aurait privilégié,
nous dit-il, l’innovation contre
la tradition, l’exaltation de l’esprit critique par rapport à l’humble
reconnaissance de l’autorité de ceux qui détiennent le savoir,
l’expression de soi de préférence au respect des normes, en particulier
celles de la langue française, la centration sur l’élève au lieu de la
centration sur les savoirs.
Comment peut-on avancer, avec l’autorité que confère la
fonction de ministre et la qualité de « philosophe », une vision
historique aussi unilatérale ? Ce
tableau ne correspond en rien à ce qu’on connaît de la réalité de l’école
française. Le cours magistral continue à dominer, notamment au lycée, et l’écriture
personnelle est beaucoup moins pratiquée qu’on ne le dit. Les « droits »
des élèves sont le plus souvent des leurres (voir le fonctionnement ordinaire
des conseils de classe) et l’innovation reste marginale, même si elle est
encouragée par les textes (qui demandent en même temps de finir
d’abord le programme).
Dans
ma pratique quotidienne de professeur de français, si je veux transmettre une
tradition, celle de ces textes que j’aime profondément, qui font partie de
notre trésor historique à tous, j’ai besoin d’innover, d’inventer, de
trouver des ponts entre ce passé et le présent de mes élèves. Il me faut
faire travailler vraiment sur un texte de Voltaire, le faire résonner avec
l’actualité, faire écrire , faire débattre les élèves ; alors,
j’ai une petite chance qu’ils s’approprient un peu ce qui est « leur »
bien à eux aussi. Si je veux que mes élèves respectent la langue française,
il faut que je les aide à s’approprier sa richesse, en les faisant jouer avec
les mots, en les faisant inventer afin de mieux faire percevoir les contraintes
et la nécessité de se référer à un code commun sans lequel la communication
n’est pas possible. J’ai des élèves de quatrième qui n’ont jamais écrit
de leur carrière scolaire le moindre poème, alors qu’ils ont appris par cœur
-en vain, car ils ont tout oublié- les mille et une règles de grammaire, les
mille et une conjugaisons qui sont réputées former les « bases »
de l’enseignement du français. Or, je fais le pari que c’est en faisant écrire,
en permettant, à travers une démarche pas du tout spontanéiste, mais
rigoureuse et organisée , de manipuler tous les outils de la langue qu’on
obtient une amélioration des capacités d’expression des élèves aussi bien
que de leurs compétences de lecteurs
(3).
Dernier point : esprit critique contre autorité ? Mais cette fameuse « autorité » ne doit-elle pas se mériter ? En quoi ces deux notions sont-elles contradictoires? Il est bien étrange pour un philosophe de faire mine de confondre la capacité à interroger et l’esprit de contestation systématique qui en est la caricature. Cultiver chez les élèves une méfiance de principe envers les pré-jugés, les idées toutes faites, est le meilleur hommage qu’on puisse rendre aux savants et aux artistes qui sont étudiés à l’école, la meilleure façon de faire prendre conscience que la vérité ne tombe pas du ciel mais se conquiert à travers une démarche active, à l’opposé d’un dogmatisme qui reste un obstacle par exemple à un enseignement des sciences adapté aux exigences de notre temps. Et si certains jours, comme beaucoup de mes collègues, je peux sentir mon impuissance, l’écart parfois gigantesque entre ce que je voudrais pour mes élèves et la réalité, je sais aussi que les solutions ne résident pas dans les coups de menton ou dans la nostalgie du « bon vieux temps ».
Aujourd’hui, l’autorité du professeur doit se bâtir davantage à travers l’image d’un homme passionné, motivé, cherchant avec ses élèves, organisant au mieux la classe pour une appropriation collective des savoirs, garant des règles qui permettent à cette classe de fonctionner, que dans les représentations archaïques du maître d’autrefois , de celui qui « sait », qu’on ne doit jamais contester et que d’ailleurs on idéalise de façon bien vaine.
Se centrer sur l’élève, qu’est-ce que cela veut dire ?
Rien d’autre que se préoccuper de ce qui est vraiment efficace,
de ce qui a des chances d’avoir un effet sur les élèves tels qu’ils
sont, tels que l’école essaie de les changer avec son pouvoir limité, au
milieu d’une société loin d’être favorable à ce changement. Ceci
implique de former des enseignants avant tout préoccupés par cette efficacité-là,
qui est une exigence démocratique, soucieux d’organiser la classe pour que
tout le monde apprenne vraiment.
Le débat sur l’école permettra-t-il de dépasser les fausses oppositions pour trouver de nouveaux équilibres, ou sera-t-il, à travers des querelles stériles, une nouvelle occasion manquée ?
Jean-Michel Zakhartchouk
Rédacteur des Cahiers pédagogiques, auteur de Enseigner, un métier à réinventer, éd. Yves Michel, 20021)
Editions Syros 2002
2) Au banc des accusés, bien sûr, mai 68. relire Les animaux malades de la
peste ...
3) L'expérience des ateliers d'écriture hors du monde de l'école en
témoigne.
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